{"id":36333,"date":"2025-02-28T18:10:40","date_gmt":"2025-02-28T17:10:40","guid":{"rendered":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/?post_type=publication&#038;p=36333"},"modified":"2025-02-28T18:15:13","modified_gmt":"2025-02-28T17:15:13","slug":"algerie-apres-les-elections-presidentielles-le-retour-de-lordre-militaire-dans-la-vie-civile","status":"publish","type":"publication","link":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/publication\/algerie-apres-les-elections-presidentielles-le-retour-de-lordre-militaire-dans-la-vie-civile\/","title":{"rendered":"Alg\u00e9rie: apr\u00e8s les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles, le retour de l\u2019ordre militaire dans la vie civile?"},"content":{"rendered":"<p>L&#8217;Alg\u00e9rie traverse actuellement une p\u00e9riode charni\u00e8re de son histoire politique, marqu\u00e9e par le retour manifeste de l&#8217;arm\u00e9e dans la gestion des affaires civiles. Cette \u00e9volution s&#8217;inscrit dans la continuit\u00e9 d&#8217;un processus entam\u00e9 depuis la chute de Bouteflika en 2019, qui a vu le r\u00e9gime militaire consolider progressivement son emprise sur les institutions civiles tout en maintenant une fa\u00e7ade d\u00e9mocratique de plus en plus fragile.<\/p>\n<p>Cette analyse repose sur le constat d&#8217;une double dynamique : d&#8217;une part, un renforcement du contr\u00f4le pr\u00e9torien sur la vie politique et civile, et d&#8217;autre part, l&#8217;incapacit\u00e9 croissante du r\u00e9gime \u00e0 maintenir sa l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 g\u00e9rer efficacement les transitions politiques.\u00a0La pr\u00e9sidence Tebboune illustre parfaitement cette tendance, avec un pouvoir civil affaibli, incapable de s&#8217;\u00e9manciper de la tutelle militaire et de r\u00e9pondre aux aspirations populaires exprim\u00e9es lors du Hirak.<\/p>\n<p>Le second mandat de Tebboune s&#8217;annonce comme une continuation du statu quo, caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9pression accrue des libert\u00e9s publiques, une gestion \u00e9conomique renti\u00e8re peu viable, et une incapacit\u00e9 \u00e0 renouveler le personnel politique.\u00a0Cette situation laisse pr\u00e9sager de nouvelles turbulences politiques, notamment autour de la question de la succession pr\u00e9sidentielle, dans un contexte o\u00f9 le r\u00e9gime semble avoir \u00e9puis\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 se r\u00e9inventer tout en maintenant ses fondamentaux autoritaires<\/p>\n<h2>De la chute de Bouteflika \u00e0 l\u2019\u00e9lection de Tebboune\u00a0: les reconfigurations du syst\u00e8me politico-militaire<\/h2>\n<p>La chute du r\u00e9gime d\u2019Abdelaziz Bouteflika a redessin\u00e9 une partie de l\u2019\u00e9quation politique alg\u00e9rienne. En 2019, le pr\u00e9sident d\u2019alors, vieux et grabataire, encourag\u00e9 par son entourage et ses soutiens, \u00e9tait parti pour briguer un cinqui\u00e8me mandat. Il a \u00e9t\u00e9 contraint d\u2019y renoncer, pouss\u00e9 par la pression populaire, incarn\u00e9e par le Hirak, d\u00e9but\u00e9 en f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p>Si ce projet de cinqui\u00e8me mandat a pu germer, c\u2019est vraisemblablement en raison de l\u2019incapacit\u00e9 des diff\u00e9rentes factions qui composent le r\u00e9gime \u00e0 s\u2019entendre sur un nouveau candidat. L\u2019ann\u00e9e 2018 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par de nombreux soubresauts politico-s\u00e9curitaires qui ont illustr\u00e9 les dissensions au sein du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Ainsi, lors de l\u2019\u00e9t\u00e9 2018, l\u2019affaire de Kamel Chikhi, dit \u00ab\u00a0le Boucher\u00a0\u00bb, a fait trembler de larges pans de l\u2019establishment s\u00e9curitaire alg\u00e9rien. En effet, cet importateur de viandes a \u00e9t\u00e9 accus\u00e9 d\u2019avoir import\u00e9 une cargaison de 700 kilogrammes de coca\u00efne qui ont transit\u00e9 via le port d\u2019Oran. Suite \u00e0 cette affaire, de nombreuses figures militaires incluant cinq g\u00e9n\u00e9raux majors et le patron de la police (lui-m\u00eame g\u00e9n\u00e9ral) ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es, malgr\u00e9 leur grade qui faisait jusque-l\u00e0 office de passe-droit. De fa\u00e7on plus anecdotique, le fils de Abdelmadjid Tebboune sera \u00e9galement incarc\u00e9r\u00e9 dans le cadre de cette affaire, et lib\u00e9r\u00e9 quelques mois apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de son p\u00e8re. Ces diff\u00e9rentes arrestations avaient, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9es comme une volont\u00e9 du chef d\u2019\u00c9tat-major d\u2019alors, le g\u00e9n\u00e9ral Ahmed Gaid Salah, fid\u00e8le \u00e0 Bouteflika, avant de se retourner contre lui, de faire table rase de menaces potentiels.<\/p>\n<p>Sur le plan politique, 2018 a \u00e9galement r\u00e9v\u00e9l\u00e9 le malaise d\u2019une partie du pouvoir quant \u00e0 la reconduction de Bouteflika. Le MSP (Mouvement de la Soci\u00e9t\u00e9 pour la Paix, islamiste), un parti d\u2019opposition coopt\u00e9e, aux responsabilit\u00e9s gouvernementales jusqu\u2019en 2012, a propos\u00e9 un report des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et l\u2019organisation d\u2019une \u00ab\u00a0conf\u00e9rence nationale\u00a0\u00bb aux contours flous. Cette tentative de sortir de l\u2019impasse politique dans laquelle l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de Bouteflika plongeait le pays n\u2019a rencontr\u00e9 qu\u2019un succ\u00e8s tr\u00e8s mitig\u00e9. Le <em>statu quo<\/em> avait alors l\u2019avantage de figer des \u00e9quilibres de pouvoir d\u00e9j\u00e0 connus de tous.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e 2019 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une vive contestation politique, qui a trouv\u00e9 sa forme dans le Hirak. \u00c0 partir de f\u00e9vrier 2019, de nombreuses manifestations ont commenc\u00e9 \u00e0 secouer le pays, pour contester le projet de cinqui\u00e8me mandat du clan Bouteflika et pour appeler plus largement \u00e0 un changement dans la nature de la gouvernance alg\u00e9rienne, notamment la transition vers un <em>\u00ab\u00a0\u00c9tat civil et non militaire\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p>D\u00e8s le 26 mars 2019, le g\u00e9n\u00e9ral Gaid Salah appelle \u00e0 l\u2019application de l\u2019article 102\u00a0de la Constitution alg\u00e9rienne, ce qui signifie simplement la d\u00e9mission ou la destitution de Bouteflika. \u00c0 compter d\u2019avril 2019, Gaid Salah devient v\u00e9ritablement l\u2019homme fort de la vie politique alg\u00e9rienne. Malgr\u00e9 l\u2019influence majeure de l\u2019arm\u00e9e sur les d\u00e9cisions politiques, le Commandement militaire a toujours veill\u00e9 \u00e0 se r\u00e9fugier derri\u00e8re une fa\u00e7ade civile. Bien que la Constitution pr\u00e9voie un int\u00e9rim assur\u00e9 par Abdelkader Bensalah, pr\u00e9sident du Conseil de la Nation (S\u00e9nat), c\u2019est bien le g\u00e9n\u00e9ral Gaid Salah qui donne le la de la vie politique dans des discours t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s devenus quasi-hebdomadaires.<\/p>\n<p>Savoir ce que revendique le Hirak a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur des \u00e9changes entre le pouvoir militaire et la soci\u00e9t\u00e9 civile tout au long de l\u2019ann\u00e9e 2019. En effet, \u00e0 la suite de la d\u00e9mission, le 2 avril, de Bouteflika, l\u2019arm\u00e9e, du moins la faction repr\u00e9sent\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Gaid Salah, a imm\u00e9diatement pouss\u00e9 vers l\u2019organisation d\u2019\u00e9lections pr\u00e9sidentielles \u00ab\u00a0dans les plus brefs d\u00e9lais\u00a0\u00bb. Elle consid\u00e9rait que le principal objectif du Hirak \u00e9tant d\u00e9sormais atteint, les manifestations n\u2019avaient plus de sens et il appartenait de poursuivre sur la voie d\u2019un processus \u00e9lectoral classique, initialement fix\u00e9 pour juillet 2019. Cette \u2018\u2019feuille de route\u2019\u2019 a \u00e9t\u00e9 largement rejet\u00e9e par les manifestants, poussant le pr\u00e9sident par int\u00e9rim Bensalah \u00e0 annuler le scrutin.<\/p>\n<p>Tout au long de l\u2019\u00e9t\u00e9 2019, Karim Younes, ancien Pr\u00e9sident de l\u2019Assembl\u00e9e nationale, est charg\u00e9 par le pouvoir de conduire un panel de dialogue et de m\u00e9diation. Ce panel, compos\u00e9 de personnalit\u00e9s publiques dont certaines ont notoirement occup\u00e9 des fonctions gouvernementales, va demander aux autorit\u00e9s la cessation des violences polici\u00e8res lors des manifestations, ou encore la lib\u00e9ration des manifestants arr\u00eat\u00e9s. Si le pr\u00e9sident par int\u00e9rim Bensalah offre une oreille attentive \u00e0 ces revendications, le g\u00e9n\u00e9ral Gaid Salah d\u00e9clare refuser \u00ab\u00a0les diktats\u00a0\u00bb et ordonnera au dit panel de poursuivre son travail et de sugg\u00e9rer la tenue d\u2019une nouvelle \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, dictant la conclusion d\u2019un \u2018\u2019dialogue\u2019\u2019 qui aura \u00e9t\u00e9 largement unilat\u00e9ral.<\/p>\n<p>En septembre 2019, suite aux conclusions dict\u00e9es par l\u2019\u00c9tat-major, l\u2019arm\u00e9e a impos\u00e9 la date des \u00e9lections au 12 d\u00e9cembre. L\u2019organisation de ce scrutin aura \u00e9t\u00e9 un moment de v\u00e9rit\u00e9 pour l\u2019\u00e9valuation des rapports de forces au sein des diff\u00e9rentes factions du r\u00e9gime. En effet, tout au long de l\u2019\u00e9lection, Azzedine Mihoubi, ancien ministre de Bouteflika, passait pour \u00eatre le candidat d\u2019une partie de l\u2019arm\u00e9e, soutenu par le g\u00e9n\u00e9ral Wassini Bouazza, chef de la S\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure. Jusqu\u2019au dernier moment, l\u2019\u00e9lection qui a vu l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Tebboune aura \u00e9t\u00e9 incertaine. \u00c0 peine quelques jours apr\u00e8s son \u00e9lection, Tebboune assistera, impuissant, au d\u00e9c\u00e8s de Gaid Salah, son principal parrain au sein du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Ce processus \u00e9lectoral verrouill\u00e9, affichant cinq candidats tous proches du pouvoir, se voulait \u00eatre un moment de re-l\u00e9gitimation majeure du r\u00e9gime. Il aura accouch\u00e9 d\u2019une souris, \u00e9tant, \u00e0 cette date, le scrutin le plus boycott\u00e9 de l\u2019histoire des \u00e9lections pluralistes en Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain de sa \u2018\u2019victoire\u2019\u2019, Abdelmadjid Tebboune remerciera le \u00ab\u00a0Hirak b\u00e9ni\u00a0\u00bb qui a lib\u00e9r\u00e9 le pays de la \u00ab\u00a0<em>Issaba<\/em>\u00a0\u00bb (bande, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Bouteflika et son entourage) et consacrera un nouveau jour f\u00e9ri\u00e9 d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la coh\u00e9sion entre l\u2019arm\u00e9e et le peuple. Cette rh\u00e9torique illustre la fa\u00e7on dont le pouvoir a tent\u00e9 de dig\u00e9rer les revendications du Hirak et de d\u00e9nier toute l\u00e9gitimit\u00e9 aux manifestations qui se sont poursuivies apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection de d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n<p>Le Hirak mourra de sa belle mort \u00e0 partir de f\u00e9vrier 2020 et l\u2019arriv\u00e9e de la pand\u00e9mie du Covid-19, qui a rendu impossible toute perspective de manifestation et a ouvert la voie \u00e0 une r\u00e9pression f\u00e9roce. Tout au long de l\u2019ann\u00e9e 2019, le Hirak aura permis la cr\u00e9ation d\u2019un v\u00e9ritable rapport de force pacifique avec les tenants du pouvoir. Malheureusement, la longue histoire d\u2019infiltration et de manipulation politiques des mouvements sociaux, et l\u2019absence de culture politique de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de militants, ont conduit le Hirak \u00e0 refuser toutes formes de repr\u00e9sentation, y compris au sein de corps interm\u00e9diaires qui auraient normalement d\u00fb jouer ce r\u00f4le. Ce refus a emp\u00each\u00e9 la traduction politique du rapport de force qui s\u2019est exerc\u00e9 dans la rue.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0L\u2019Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb d\u2019Abdelmajid Tebboune\u00a0: la reprise en main autoritaire du r\u00e9gime<\/h2>\n<p>Il est difficile de caract\u00e9riser le bilan d\u2019Abdelmadjid Tebboune par autre chose que le maintien d\u2019un <em>statu quo<\/em> mortif\u00e8re doubl\u00e9 d\u2019une reprise en main pr\u00e9torienne du champ politique. Historiquement, les moments de changement dans la fa\u00e7ade civile du r\u00e9gime ont \u00e9t\u00e9 des moments de reconfiguration des \u00e9quilibres de pouvoir. Sans en changer la nature pr\u00e9torienne, ils ont fait \u00e9voluer les rapports de force claniques au sein du r\u00e9gime, particuli\u00e8rement opaque.<\/p>\n<p>Depuis son \u00e9lection, le nouveau pouvoir civil, incarn\u00e9 par le pr\u00e9sident Tebboune et son entourage, peine \u00e0 se trouver une base politique. Contrairement \u00e0 Bouteflika qui refusait d\u2019\u00eatre <em>\u00ab\u00a0un trois-quarts de pr\u00e9sident\u00a0\u00bb<\/em>, il semblerait que le pr\u00e9sident Tebboune n\u2019affiche aucune vell\u00e9it\u00e9 de disputer aux pr\u00e9toriens la pr\u00e9\u00e9minence de la d\u00e9cision politique. Ainsi, il s\u2019affiche r\u00e9guli\u00e8rement avec le nouveau chef d\u2019Etat-major, que ce soit lors d\u2019exercices militaires, ou de fa\u00e7on plus inattendue, lors de victoires sportives, comme lors des c\u00e9l\u00e9brations de la victoire alg\u00e9rienne de la Coupe arabe de football.<\/p>\n<p>Cette docilit\u00e9 pr\u00e9sidentielle masque mal l\u2019incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019appuyer sur des forces politiques qui lui seraient fid\u00e8les, y compris au sein des appareils traditionnellement li\u00e9s au r\u00e9gime. Alors que Bouteflika avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du soutien de toutes les organisations satellites du r\u00e9gime, les plus embl\u00e9matiques telles que l\u2019Organisation Nationale des Moudjahidines (ONM) ou encore l\u2019Union G\u00e9n\u00e9rale des Travailleurs Alg\u00e9riens (UGTA) ne se sont pas prononc\u00e9es en faveur de Tebboune pour son premier mandat. La difficult\u00e9 de Tebboune \u00e0 s\u2019appuyer sur ces forces inf\u00e9od\u00e9es tient principalement au fait que son \u00e9lection ne faisait pas consensus au sein de l\u2019arm\u00e9e.<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_36333_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Bensaad, A., 2024. \u00ab\u00a0Abdelmadjid Tebboune est tr\u00e8s contest\u00e9 au sein de l\u2019arm\u00e9e<em>\u00a0\u00bb, <\/em>RFI.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_36333_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> Ceci explique la position prudente des client\u00e8les traditionnelles, en attente de la d\u00e9cantation des luttes sourdes entre les diff\u00e9rentes factions de \u2018\u2019d\u00e9cideurs.\u2019\u2019<\/p>\n<p>Sur le plan de ses soutiens, Abdelmadjid Tebboune continue de s\u2019appuyer sur les partis traditionnels du r\u00e9gime tels que le Front de Lib\u00e9ration National (FLN) et le Rassemblement National pour la D\u00e9mocratie (RND), bien que ceux-ci soient largement discr\u00e9dit\u00e9s, avec l\u2019appui du courant islamiste domestiqu\u00e9. Avec son ralliement, ce dernier a engrang\u00e9 de confortables concessions\u00a0: acc\u00e8s aux privil\u00e8ges pour ses notables, \u00e9radication de la langue fran\u00e7aise au profit de l\u2019anglais, et entretien d\u2019une crise diplomatique r\u00e9currente avec la France\u2026 Incapable de fabriquer de nouveaux relais comme autrefois, le r\u00e9gime est dans une impasse structurelle. Cette perte d\u2019ing\u00e9nierie politique est souvent attribu\u00e9e par les commentateurs<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_2');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_2');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_36333_1_2\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">2<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_2\" class=\"footnote_tooltip\">Hachemaoui, M., 2016. \u00ab\u00a0Qui gouverne (r\u00e9ellement) l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Politique africaine<\/em>, n\u00b0 142(2).<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_36333_1_2').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_2', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> au d\u00e9part de diff\u00e9rents cadres de l\u2019arm\u00e9e, dont l\u2019ancien g\u00e9n\u00e9ral Toufik, patron des services de renseignement et ordonnateur en chef de la vie politique depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 90.<\/p>\n<p>Du point de vue de l\u2019action politique, le pouvoir civil proclame l\u2019av\u00e8nement de <em>\u00ab\u00a0l\u2019Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb<\/em>, marque de fabrique d\u2019Abdelmadjid Tebboune, par opposition \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie de Bouteflika, pour d\u00e9marquer l\u2019action pr\u00e9sidentielle de celle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur dont il a \u00e9t\u00e9 pourtant l\u2019un des plus fid\u00e8les ex\u00e9cutants. L\u2019observateur avis\u00e9 aurait pourtant bien du mal \u00e0 trouver de la substance \u00e0 ce slogan. Du point de vue du pouvoir, cette rupture se concr\u00e9tise par la disparition des notables de l\u2019ancien r\u00e9gime, la lutte affich\u00e9e contre la corruption et la volont\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9rer l\u2019argent spoli\u00e9 par les oligarques de l\u2019\u00e8re Bouteflika. Dans les faits, si des figures de l\u2019ancien r\u00e9gime sont effectivement incarc\u00e9r\u00e9es, la corruption reste tr\u00e8s largement r\u00e9pandue, seuls les b\u00e9n\u00e9ficiaires ont chang\u00e9. Par ailleurs, au-del\u00e0 des chiffres annonc\u00e9s lors d\u2019interventions t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es, aucune preuve n\u2019a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e quant aux capitaux d\u00e9tourn\u00e9s par les oligarques et qui auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette <em>\u00ab\u00a0Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb <\/em>devait trouver sa cons\u00e9cration lors de deux dates-cl\u00e9s. D\u2019abord, du point de vue domestique, avec l\u2019organisation d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum constitutionnel en 2020. Les principales modifications qui ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es sont la cons\u00e9cration formelle du r\u00f4le du \u2018\u2019Hirak b\u00e9ni\u2019\u2019 dans le pr\u00e9ambule de la Constitution, la cons\u00e9cration du poste de Premier ministre comme revenant \u00e0 la majorit\u00e9 parlementaire, et la restriction des libert\u00e9s, notamment la libert\u00e9 de conscience qui n\u2019est plus garantie comme dans la pr\u00e9c\u00e9dente loi fondamentale. Cette \u00e9ni\u00e8me r\u00e9vision constitutionnelle (la derni\u00e8re datait de 2016) a sonn\u00e9 comme le point d\u2019orgue de la digestion des revendications du Hirak par les structures du r\u00e9gime. Le scrutin qui l\u2019a avalis\u00e9 n\u2019a rencontr\u00e9 que peu de succ\u00e8s, avec un <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2020\/11\/02\/incertitudes-en-algerie-au-lendemain-d-un-referendum-constitutionnel-boude-par-la-population_6058192_3212.html\">taux de participation officiel<\/a> au vote de 23%. Ensuite, du point de vue international, avec la tentative affich\u00e9e de l\u2019Alg\u00e9rie d\u2019int\u00e9grer les BRICS qui devait se concr\u00e9tiser en 2023. Cette d\u00e9marche, sold\u00e9e par un \u00e9chec, marque l\u2019amateurisme de la classe dirigeante et les limites de la politique du slogan.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des poncifs officiels sur \u00ab\u00a0l\u2019Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb, la nouvelle fa\u00e7ade civile du r\u00e9gime semble incapable d\u2019avoir une prise r\u00e9elle sur l\u2019administration. Ainsi, lors de diff\u00e9rents discours, le pr\u00e9sident Tebboune s\u2019est attaqu\u00e9 au blocage de l\u2019administration notamment dans les dossiers li\u00e9s \u00e0 l\u2019investissement productif, donnant l\u2019image d\u2019un pilote dont le tableau de bord ne r\u00e9pond pas.<\/p>\n<p>L\u2019une des principales caract\u00e9ristiques de cette \u00ab\u00a0Alg\u00e9rie nouvelle\u00a0\u00bb est probablement la reprise en main particuli\u00e8rement muscl\u00e9e du champ politique, m\u00e9diatique et de la vie civile. En effet, heurt\u00e9 par une contestation pacifique majeure lors du Hirak, le r\u00e9gime a consid\u00e9rablement r\u00e9duit le champ des diff\u00e9rents espaces d\u2019expression et de libert\u00e9s publiques. A titre d\u2019exemple, le Haut Conseil de S\u00e9curit\u00e9, une instance consultative compos\u00e9e de minist\u00e8res r\u00e9galiens et de repr\u00e9sentants de l\u2019arm\u00e9e a d\u00e9clar\u00e9 comme terroristes les mouvements politiques Rachad (islamiste) et le MAK (Mouvement pour l\u2019autod\u00e9termination de la Kabylie, ind\u00e9pendantiste kabyle), dont l\u2019action \u00e9tait pourtant non violente, et la dissolution de partis l\u00e9gaux comme le PST (Parti Socialiste des Travailleurs, trotskiste) et le MDS (Mouvement D\u00e9mocratique et Social, ex communiste).<\/p>\n<p>Loin de s\u2019arr\u00eater au champ politique partisan, cette reprise en main s\u00e9curitaire s\u2019est \u00e9galement prolong\u00e9e sur les terrains associatifs et m\u00e9diatiques. Ainsi, de multiples associations comme le RAJ (Rassemblement Action Jeunesse), ou encore la Ligue Alg\u00e9rienne de D\u00e9fense des Droits de l\u2019Homme (LADDH) mais aussi l\u2019association caritative catholique Caritas ont \u00e9t\u00e9 tout simplement dissoutes. De nombreux m\u00e9dias consid\u00e9r\u00e9s comme ind\u00e9pendants (Le Soir d\u2019Alg\u00e9rie, El Watan, Libert\u00e9) ont \u00e9t\u00e9 domestiqu\u00e9s avec la publicit\u00e9 publique, ou pouss\u00e9s au suicide (Libert\u00e9).<\/p>\n<p>Enfin, Ali Ghediri, g\u00e9n\u00e9ral-major \u00e0 la retraite qui avait publiquement appel\u00e9, d\u00e8s 2018, Gaid Salah \u00e0 ne pas soutenir Bouteflika, et candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle avort\u00e9e d\u2019avril 2019, reste toujours incarc\u00e9r\u00e9 depuis juin 2019. Cet acharnement montre l\u2019\u00e9tat de crispation du r\u00e9gime habitu\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler les conflits dans le secret, \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une personnalit\u00e9 issue de ses rangs et entr\u00e9e dans une forme de dissidence publique.<\/p>\n<p>Ainsi, la reprise en main s\u00e9curitaire du r\u00e9gime traduit principalement l\u2019envie de contr\u00f4le du champ politique et social, apr\u00e8s une ann\u00e9e 2019 caract\u00e9ris\u00e9e par d\u2019intenses soubresauts. Alors que la p\u00e9riode Bouteflika \u00e9tait caract\u00e9ris\u00e9e par un important espace d\u2019expression critique, les pr\u00e9toriens tenants du pouvoir sont conscients de la faiblesse de l\u2019incarnation port\u00e9e par Tebboune et de la fragilit\u00e9 de leur situation. Ces deux facteurs expliquent la r\u00e9duction du champ des libert\u00e9s publiques et le musellement de toutes les voix critiques du pouvoir.<\/p>\n<p>Enfin, le syst\u00e8me ayant montr\u00e9 son incapacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer des arbitrages structurants, tels que le choix du prochain Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, ce raidissement permet \u00e9galement la concentration des pouvoirs entre les mains d\u2019une poign\u00e9e de g\u00e9n\u00e9raux, responsables des affaires de s\u00e9curit\u00e9 int\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Cette reprise en main par les pr\u00e9toriens, qui traduit une f\u00e9brilit\u00e9 du r\u00e9gime, a \u00e9galement trouv\u00e9 \u00e0 s\u2019exprimer lors des derni\u00e8res \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. En effet, la s\u00e9quence politique qui s\u2019est conclue par le scrutin de septembre dernier, a permis d\u2019illustrer tout \u00e0 la fois (i) le retour affich\u00e9 des pr\u00e9toriens dans le contr\u00f4le de la vie civile et en m\u00eame temps, (ii) l\u2019incapacit\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 recr\u00e9er du consensus entre ses diff\u00e9rents centres de d\u00e9cision.<\/p>\n<h2>Les \u00e9lections de septembre 2024\u00a0: l\u2019enrayement de la machine \u00e0 fraude<\/h2>\n<p>L\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019\u00e9lection de septembre 2024 est qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00e9lection pr\u00e9sidentielle anticip\u00e9e. En effet, en mars 2024, le pr\u00e9sident a annonc\u00e9 sa volont\u00e9 d\u2019avancer de deux mois la date du scrutin. La tr\u00e8s officielle agence Alg\u00e9rie Presse Service (APS) s\u2019\u00e9tait alors f\u00e9licit\u00e9 <em>\u00ab\u00a0d\u2019un retour \u00e0 la normalit\u00e9 \u00e9lectorale et \u00e0 la norme d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb<\/em> qui devait consacrer <em>\u00ab\u00a0la sortie de crise\u00a0\u00bb<\/em> du r\u00e9gime.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision a plong\u00e9 une large partie de la classe politique et des observateurs dans l\u2019incompr\u00e9hension, entra\u00eenant de longues supputations sur les raisons qui ont pu motiver ce choix. Des analystes chevronn\u00e9s, tels que le Pr. Ali Bensaad, y ont vu le signe d\u2019une reprise en main militaire de la vie civile, avec \u00e0 la cl\u00e9 l\u2019\u00e9lection d\u2019un pr\u00e9sident issu des rangs de l\u2019arm\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019\u00c9gypte de Sissi.<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_3');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_3');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_36333_1_3\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">3<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_3\" class=\"footnote_tooltip\">Bensaad, A., 2024. \u00ab\u00a0<em>Que cache l\u2019anticipation des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en Alg\u00e9rie ?<\/em>\u00a0\u00bb Mediapart.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_36333_1_3').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_3', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> La pr\u00e9diction s\u2019est av\u00e9r\u00e9e fausse, mais elle n&#8217;en \u00e9tait pas moins cr\u00e9dible au moment de sa formulation.<\/p>\n<p>S\u2019il est \u00e9vident que l\u2019arm\u00e9e alg\u00e9rienne reste le principal centre de d\u00e9cision politique dans un r\u00e9gime cryptocratique et pr\u00e9torien, elle s\u2019est r\u00e9appropri\u00e9e de larges champs de la vie civile qui \u00e9tait sorti de son escarcelle, au moins formellement, depuis octobre 1988. Ainsi, le 27 juin 2024, un d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel g\u00e9n\u00e9ralise d\u00e9sormais le <a href=\"https:\/\/www.elmoudjahid.dz\/fr\/actualite\/detachement-du-personnel-militaire-aupres-des-administrations-civiles-publiques-les-modalites-fixees-par-un-decret-presidentiel-220950?__cf_chl_tk=qaZ6D8i5jXLZUO3_BPjVvyjmCNxTKMZXlyYo82EqrCU-1733563525-1.0.1.1-vrBQ.e_s4EuvSj094r4zR1p4IwNXx7pLtFBred4fDFE\">d\u00e9tachement du personnel militaire<\/a> aupr\u00e8s des administrations civiles publiques dans les secteurs sensibles et strat\u00e9giques. Si ce d\u00e9cret ne pr\u00e9cise pas ces secteurs, de nombreux militaires se sont retrouv\u00e9s nomm\u00e9s \u00e0 la t\u00eate d\u2019entreprises publiques telles qu\u2019Alg\u00e9rie Ferries ou encore la SGSIA (a\u00e9roports).<\/p>\n<p>Du point de vue politique, alors que de nombreux candidats s\u2019\u00e9taient d\u00e9clar\u00e9s, trois seulement auront \u00e9t\u00e9 retenus. En effet, d\u2019apr\u00e8s les raisons avanc\u00e9es, des figures install\u00e9es de la vie politique alg\u00e9riennes, telles que la candidate du Parti des Travailleurs (PT) Louisa Hanoune (pr\u00e9c\u00e9demment candidate \u00e0 trois \u00e9lections pr\u00e9sidentielles) n\u2019auraient pas r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9unir les signatures de parrainage n\u00e9cessaires pour se pr\u00e9senter. D\u2019autres candidats ont \u00e9t\u00e9 poursuivis en justice pour achats de parrainages, limitant les options \u00e9lectorales \u00e0 leur plus simple expression depuis 1999. En effet, seul deux partis organis\u00e9s, le FFS (la\u00efc, socialiste) et le MSP (islamiste) ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter des candidats sans envergure, dont les simples noms auront eu du mal \u00e0 surnager durant une campagne \u00e9lectorale sous respirateur artificiel.<\/p>\n<p>Les r\u00e9sultats \u00e9lectoraux affich\u00e9s au terme de ces \u00e9lections sont particuli\u00e8rement ubuesques. Une premi\u00e8re vague de r\u00e9sultats a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e par l\u2019ANIE (Autorit\u00e9 nationale ind\u00e9pendante des \u00e9lections), donnant <a href=\"https:\/\/www.aps.dz\/algerie\/175847-resultats-preliminaires-de-l-election-presidentielle-abdelmadjid-tebboune-reelu-pour-un-second-mandat\">Abdelmadjid Tebboune vainqueur<\/a> avec un score brejn\u00e9vien de 94,65% des suffrages, contre respectivement 3,17% et 2,16% pour les deux autres candidats. Une \u00ab\u00a0moyenne des taux de participation\u00a0\u00bb de 48% a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9e, dans un calcul original qui a fait sourire les observateurs. Par la suite, la Cour constitutionnelle a invalid\u00e9 ces chiffres, y apportant des rectifications de plus de dix points\u00a0: le pr\u00e9sident Tebboune est d\u00e9clar\u00e9 \u00e9lu avec 84% des suffrages.<\/p>\n<p>Cette proc\u00e9dure inhabituelle dans l\u2019histoire de l\u2019Alg\u00e9rie ind\u00e9pendante illustre que m\u00eame la fraude \u00e9lectorale, pourtant habituellement conduite avec dext\u00e9rit\u00e9, devient un exercice d\u00e9licat. L\u2019une des raisons qui permet potentiellement d\u2019expliquer cela est l\u2019absence de consensus au sein des d\u00e9cideurs sur la reconduction du pr\u00e9sident-candidat. Une autre hypoth\u00e8se serait simplement l\u2019envie de maintenir une fa\u00e7ade civile \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 faible et donc clairement vassale des pr\u00e9toriens.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection de 2024 illustre en tout \u00e9tat de cause l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019\u00e9quipe d\u2019Abdelmadjid Tebboune \u00e0 imprimer sa marque, y compris dans les client\u00e8les traditionnelles du r\u00e9gime, notamment parmi les associations, syndicats et organisations satellites (ONM, UGTA, syndicat de patrons, association de jeunes, zaouias). Comme le pointait justement Hasni Abidi, professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, \u00ab <em>il <\/em>[Tebboune]<em> n\u2019a gagn\u00e9 que 319\u00a0000 voix depuis 2019 et n\u2019a fait d\u00e9placer qu\u2019un peu plus de 5\u00a0millions d\u2019\u00e9lecteurs sur 24\u00a0millions d\u2019inscrits, soit moins d\u2019un quart. Un \u00e9chec qui exige une refonte en profondeur de sa politique\u00a0\u00bb. <\/em><\/p>\n<p><em>Ce maigre r\u00e9sultat peut s\u2019expliquer par diff\u00e9rentes raisons. D\u2019abord, du point de vue politique, il est \u00e9vident que Tebboune a du mal \u00e0 formuler un projet novateur et une vision coh\u00e9rente qui puissent susciter l\u2019adh\u00e9sion. L\u2019essentiel des inaugurations effectu\u00e9es lors de son premier mandat sont li\u00e9es \u00e0 des projets entam\u00e9s sous l\u2019\u00e8re Bouteflika, aux d\u00e9lais de livraison \u00e0 rallonge, montrant l\u2019incapacit\u00e9 du r\u00e9gime \u00e0 articuler des projets d\u2019infrastructures structurants. Ces r\u00e9alisations (\u00ab\u00a0indjazates\u00a0\u00bb) sont pourtant un des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s mis en avant dans la propagande officielle pour justifier des progr\u00e8s \u00e9conomiques r\u00e9alis\u00e9s en Alg\u00e9rie. <\/em><\/p>\n<p><em>Par ailleurs, sur le plan \u00e9conomique, bien que Tebboune ait ouvert les robinets de redistribution de la rente (allocation pour les ch\u00f4meurs, lancement d\u2019un nouveau programme de logements subventionn\u00e9s, etc.), le quotidien \u00e9conomique des Alg\u00e9riens continue de se d\u00e9grader. En effet, ceux-ci doivent faire face \u00e0 <\/em><a href=\"https:\/\/elwatan-dz.com\/taux-dinflation-ecart-entre-le-chiffre-de-lons-et-celui-de-la-banque-dalgerie\">la forte inflation<\/a><em> qui frappe leur monnaie, ainsi qu\u2019au difficile acc\u00e8s \u00e0 diff\u00e9rents biens de consommation tels que les automobiles, du aux restrictions sur les importations et \u00e0 l\u2019absence d\u2019alternatives offertes. Enfin, il est \u00e0 douter qu\u2019Abdelmadjid Tebboune fasse consensus au sein de l\u2019appareil militaire et s\u00e9curitaire, expliquant pourquoi les corps de soutien habituels du r\u00e9gime ne lui affichent qu\u2019un soutien timor\u00e9. <\/em><\/p>\n<h2>Quelles perspectives pour le deuxi\u00e8me mandat d\u2019Abdelmadjid Tebboune\u00a0?<\/h2>\n<p>Suite \u00e0 sa r\u00e9\u00e9lection, Abdelmadjid Tebboune continue de donner des gages \u00e0 l\u2019arm\u00e9e quant \u00e0 sa non-interf\u00e9rence dans la gestion militaire des affaires politiques du pays. \u00c0 cet \u00e9gard, le r\u00e9cent d\u00e9fil\u00e9 organis\u00e9 le 1er novembre, pour f\u00eater le 70\u00e8me anniversaire du d\u00e9clenchement de la R\u00e9volution illustre la pr\u00e9\u00e9minence que conservent les pr\u00e9toriens au sein du r\u00e9gime. Le nouveau gouvernement annonc\u00e9 le 18 novembre consacre l\u2019arriv\u00e9e du chef d\u2019\u00c9tat-major Said Chengriha au poste de vice-ministre de la D\u00e9fense nationale \u2013 une constante de la composition gouvernementale qui semblait avoir \u00e9t\u00e9 occult\u00e9e au moment de la prise de fonction de Chengriha, lorsqu\u2019il n\u2019\u00e9tait alors que chef d\u2019\u00c9tat-major par int\u00e9rim.<\/p>\n<p>Si dans la foul\u00e9e des c\u00e9l\u00e9brations du 1er novembre, des d\u00e9tenus d\u2019opinion ont \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9s, nombre d\u2019entre eux continuent de croupir dans les ge\u00f4les du r\u00e9gime. Les fondamentaux du pacte rentier, reposant sur une \u00e9conomie peu comp\u00e9titive et ferm\u00e9e ainsi qu\u2019une d\u00e9pendance structurelle aux hydrocarbures enfonce chaque jour un peu plus le pays dans l\u2019impasse \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Faute de succ\u00e8s majeurs en interne, le r\u00e9gime continue \u00e0 se servir de politique internationale pour consolider sa l\u00e9gitimit\u00e9. Ainsi, la rh\u00e9torique de <em>\u00ab\u00a0la main de l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb<\/em> qui menacerait le pays ou la n\u00e9cessaire <em>\u00ab\u00a0consolidation du front interne\u00a0\u00bb<\/em> (sans qu\u2019on ne sache de quel front il s\u2019agit) marquent le recyclage d\u2019\u00e9l\u00e9ments de langage largement esseul\u00e9s. Celle-ci consiste \u00e0 d\u00e9velopper un discours politique autour de <em>\u00ab\u00a0la mentalit\u00e9 de l\u2019assi\u00e9g\u00e9\u00a0\u00bb,<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_4');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_4');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_36333_1_4\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">4<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_4\" class=\"footnote_tooltip\">Mohammedi, A. 2002. \u00ab L\u2019Alg\u00e9rie et le monde : diversions et malentendus \u00bb, Institut pour les Sciences Sociales et la Recherche sur l\u2019Alg\u00e9rie.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_36333_1_4').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_4', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> <\/em> pour construire du capital politique interne. En 2023, la s\u00e9quence sur la tentative d\u2019adh\u00e9sion aux BRICS a re\u00e7u la caution politique personnelle du Pr\u00e9sident. Se soldant par un \u00e9chec, elle a montr\u00e9 le d\u00e9calage entre la r\u00e9alit\u00e9 du poids de l\u2019Alg\u00e9rie au niveau international et la perception qu\u2019en ont ses dirigeants, eux-m\u00eames otages d\u2019une rh\u00e9torique tiers-mondiste jamais mise \u00e0 jour depuis la chute du Mur de Berlin. Comble du paradoxe, l\u2019Alg\u00e9rie aura fini bon an mal an \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.agenceecofin.com\/finance\/0209-121163-l-algerie-devient-membre-de-la-banque-des-brics\">int\u00e9grer la Nouvelle Banque de D\u00e9veloppement<\/a> des BRICS, moyennent un apport en capital de $1.5 milliards, alors que le pays ne recourt jamais \u00e0 l\u2019endettement ext\u00e9rieur pour son financement. En somme, une op\u00e9ration marketing extr\u00eamement couteuse pour effacer le camouflet inflig\u00e9 \u00e0 la diplomatie alg\u00e9rienne et \u00e0 son Pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le Pr\u00e9sident Tebboune est bien en peine de formuler une vision \u00e0 cinq ans qui d\u00e9passe la stricte distribution renti\u00e8re. Le Parlement vient d\u2019approuver le budget avec le niveau de d\u00e9ficit public le plus \u00e9lev\u00e9 de son histoire, consacrant la fuite en avant comme mode de gouvernement. Plus inqui\u00e9tant pour sa survie, le syst\u00e8me n\u2019arrive plus \u00e0 produire de personnel politique \u00e0 m\u00eame d\u2019assurer la bonne conduite des affaires.<\/p>\n<p>Depuis son accession au pouvoir, Abdelmadjid Tebboune a \u00e9t\u00e9 incapable de faire \u00e9merger des personnalit\u00e9s politiques susceptibles d\u2019\u00eatre des relais, si ce n\u2019est dans la soci\u00e9t\u00e9, au moins dans les client\u00e8les habituelles du pouvoir. Il continue de se reposer sur des cadres qui font figure de vestige, \u00e0 l\u2019instar d\u2019Ahmed Attaf, 71 ans, ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, en poste \u00e0 l\u2019\u00e9poque du pr\u00e9sident Zeroual\u00a0; ou encore Daho Ould Kablia, 91 ans, ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, charg\u00e9 de la r\u00e9forme des collectivit\u00e9s locales.<\/p>\n<p>Incapable de se renouveler, le r\u00e9gime continue de s\u2019appuyer sur ces invariants que sont \u00ab<em>\u00a0l\u2019arm\u00e9e, la cooptation de l\u2019opposition, la fragmentation de la soci\u00e9t\u00e9 civile, la rente et la r\u00e9pression\u00a0\u00bb.<\/em><span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_5');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_36333_1('footnote_plugin_reference_36333_1_5');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_36333_1_5\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">5<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_5\" class=\"footnote_tooltip\">Ghanem, D., 2022, <em>Understanding Competitive Authoritarian Persistence in Algeria,<\/em> Palgrave Mac Millan.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_36333_1_5').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_36333_1_5', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> Ces leviers, bien que toujours efficaces, semblent cependant gripp\u00e9s. En cause, le fait que le pouvoir n\u2019a su donner aucune traduction politique aux revendications port\u00e9es par le Hirak, m\u00eame dans une stricte logique de survie. Si le mouvement du Hirak passe aujourd\u2019hui pour disparu, les causes qui ont men\u00e9 au soul\u00e8vement populaire restent largement pr\u00e9gnante dans le paysage politique alg\u00e9rien.<\/p>\n<p>En d\u00e9cembre 2024, de larges gr\u00e2ces pr\u00e9sidentielles ont \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9es, permettant la lib\u00e9ration de plus de 2400 d\u00e9tenus, parmi lesquels de nombreux d\u00e9tenus d\u2019opinion. Si ces lib\u00e9rations sont \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer, elles ont \u00e9t\u00e9 trop rapidement lues comme un signe d\u2019inflexion dans la politique r\u00e9pressive choisie par le pouvoir. En effet, \u00e0 ces gr\u00e2ces se sont vites succ\u00e9d\u00e9es de nouvelles arrestations, la plus embl\u00e9matique \u00e9tant celle de l\u2019\u00e9crivain Boualem Sansal. Sacrifi\u00e9 sur l\u2019autel d\u2019une crise diplomatique entre l\u2019Alg\u00e9rie et la France, le cas de Boualem Sansal a rapidement cristallis\u00e9 la ranc\u0153ur de nombreux mouvements politiques vis-\u00e0-vis de l\u2019Alg\u00e9rie. Si la question de l\u2019emprisonnement d\u2019un \u00e9crivain peut et doit l\u00e9gitimement \u00eatre pos\u00e9e, la surench\u00e8re m\u00e9diatico-politique qui s\u2019en est suivie en France a permis au r\u00e9gime alg\u00e9rien de f\u00e9d\u00e9rer autour de lui plus largement que sa base traditionnelle, offrant l\u2019occasion de mobiliser \u00e0 nouveau la rh\u00e9torique de l\u2019assi\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p>Alors que le premier mandat de Tebboune a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le statu quo, rien ne laisse penser que le second soit, d\u2019une quelconque fa\u00e7on, diff\u00e9rent. Il ne fait aucun doute que de prochains soubresauts politiques sont \u00e0 pr\u00e9voir, car le r\u00e9gime va rapidement se retrouver confront\u00e9 \u00e0 la question de sa succession, la Constitution ne permettant en th\u00e9orie que l\u2019exercice de deux mandats. Alors que le peuple reste spectateur impuissant, il semblerait que le r\u00e9gime ait fait sien l\u2019adage \u00ab tout changer pour que rien ne change\u00a0\u00bb.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_36333_1();\">Endnotes<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_36333_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_36333_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_36333_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">Endnotes<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_36333_1_1\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_36333_1('footnote_plugin_tooltip_36333_1_1');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Bensaad, A., 2024. \u00ab\u00a0Abdelmadjid Tebboune est tr\u00e8s contest\u00e9 au sein de l\u2019arm\u00e9e<em>\u00a0\u00bb, <\/em>RFI.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_36333_1_2\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_36333_1('footnote_plugin_tooltip_36333_1_2');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>2<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Hachemaoui, M., 2016. \u00ab\u00a0Qui gouverne (r\u00e9ellement) l\u2019Alg\u00e9rie\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Politique africaine<\/em>, n\u00b0 142(2).<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_36333_1_3\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_36333_1('footnote_plugin_tooltip_36333_1_3');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>3<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Bensaad, A., 2024. \u00ab\u00a0<em>Que cache l\u2019anticipation des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles en Alg\u00e9rie ?<\/em>\u00a0\u00bb Mediapart.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_36333_1_4\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_36333_1('footnote_plugin_tooltip_36333_1_4');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>4<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Mohammedi, A. 2002. \u00ab L\u2019Alg\u00e9rie et le monde : diversions et malentendus \u00bb, Institut pour les Sciences Sociales et la Recherche sur l\u2019Alg\u00e9rie.<\/td><\/tr>\r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_36333_1_5\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_36333_1('footnote_plugin_tooltip_36333_1_5');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>5<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Ghanem, D., 2022, <em>Understanding Competitive Authoritarian Persistence in Algeria,<\/em> Palgrave Mac Millan.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_36333_1() { jQuery('#footnote_references_container_36333_1').show(); 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