{"id":20298,"date":"2021-10-21T16:50:25","date_gmt":"2021-10-21T14:50:25","guid":{"rendered":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/?post_type=publication&#038;p=20298"},"modified":"2021-10-21T16:57:23","modified_gmt":"2021-10-21T14:57:23","slug":"au-dela-du-boom-agricole-marocain-linvisibilite-et-la-precarite-dune-main-doeuvre-agricole-feminine","status":"publish","type":"publication","link":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/publication\/au-dela-du-boom-agricole-marocain-linvisibilite-et-la-precarite-dune-main-doeuvre-agricole-feminine\/","title":{"rendered":"Au-del\u00e0 du boom agricole Marocain\u00a0: l\u2019invisibilit\u00e9 et la pr\u00e9carit\u00e9 d\u2019une main d\u2019\u0153uvre agricole f\u00e9minine"},"content":{"rendered":"<p><em>\u00ab Je n\u2019ai pas travaill\u00e9 pendant le confinement, [&#8230;] je ne sortais plus de chez moi. Je mange ce que j\u2019ai (nakol li keteb allah), je regarde la t\u00e9l\u00e9 et je dors. Je n\u2019ai pas re\u00e7u d\u2019aide [&#8230;] cela m\u2019a beaucoup travaill\u00e9 (tghaddad\u2019t) car des gens ais\u00e9s ont re\u00e7u de l\u2019aide, mes fr\u00e8res aussi ont re\u00e7u l\u2019aide et moi qui suis dans le besoin je n\u2019ai rien re\u00e7u. J&#8217;ai senti de l&#8217;injustice, j\u2019ai ferm\u00e9 ma porte et je ne sortais plus. \u00bb (Entretien avec Aziza 13 octobre 2020)<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_20298_1('footnote_plugin_reference_20298_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_20298_1('footnote_plugin_reference_20298_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_20298_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_20298_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Tous les noms propres utilis\u00e9s dans cet article ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s pour garder l\u2019anonymat des personnes interview\u00e9es.<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_20298_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_20298_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> <\/em><\/p>\n<p>Au Maroc, la crise li\u00e9e \u00e0 la pand\u00e9mie a accentu\u00e9 les difficult\u00e9s quotidiennes et injustices sociales et mat\u00e9rielles auxquelles de nombreuses ouvri\u00e8res agricoles font d\u00e9j\u00e0 face. Beaucoup travaillent sans contrat, sans s\u00e9curit\u00e9 sociale, et font quotidiennement face \u00e0 diff\u00e9rentes formes de stigmatisation sociale. Toutefois, les ouvri\u00e8res sont indispensables pour le d\u00e9veloppement agricole du pays. Elles effectuent diff\u00e9rentes t\u00e2ches, souvent peu valoris\u00e9es, sur l\u2019exploitation : le repiquage de l\u2019oignon, l\u2019\u00e9claircissage des fruits, le d\u00e9sherbage, la r\u00e9colte\u2026 des t\u00e2ches auxquelles le corps et le caract\u00e8re f\u00e9minin selon certains agriculteurs et responsables d\u2019exploitation pourraient soi-disant mieux r\u00e9pondre. A travers leur endurance et les diff\u00e9rentes t\u00e2ches agricoles qu\u2019elles r\u00e9alisent, les ouvri\u00e8res sont un maillon indispensable dans la production agricole et dans le boom agricole que le pays a connu durant les derni\u00e8res d\u00e9cennies. Ce boom est notamment li\u00e9 \u00e0 l\u2019orientation du pays qui a fait de l\u2019agriculture le moteur de l\u2019\u00e9conomie nationale en impulsant diff\u00e9rentes strat\u00e9gies agricoles comme le Plan Maroc Vert (PMV) qui a structur\u00e9 le d\u00e9veloppement agricole et rural entre 2008 et 2020. C\u2019est ainsi que par exemple, dans la r\u00e9gion du Loukkos-Gharb, la surface cultiv\u00e9e en fraises est pass\u00e9e progressivement de 100 hectares au d\u00e9but des ann\u00e9es 90 \u00e0 3 600 ha en 2016-2017 (Harbouze et al., 2019).<\/p>\n<p>Dans cet article nous utilisons la pand\u00e9mie comme point d\u2019entr\u00e9e pour illustrer 1) la pr\u00e9carit\u00e9 socio-\u00e9conomique dans laquelle une grande partie des ouvri\u00e8res agricoles vivent et 2) comment la pand\u00e9mie a accentu\u00e9 cette pr\u00e9carit\u00e9. Pour ce faire, nous nous appuyons sur notre engagement de pr\u00e8s d\u2019une d\u00e9cennie aupr\u00e8s des ouvri\u00e8res agricoles, et sur des entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques r\u00e9alis\u00e9s depuis mars 2020 avec des ouvri\u00e8res et des agriculteurs de la plaine agricole du Saiss au nord-ouest du pays et de la zone c\u00f4ti\u00e8re du Gharb et du Loukkos, au nord-est du pays. Nous commen\u00e7ons par retracer l\u2019\u00e9mergence de la main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine salari\u00e9e agricole au Maroc et par dresser les diff\u00e9rents portraits des ouvri\u00e8res agricoles afin de comprendre qui sont ces femmes et les raisons qui les poussent \u00e0 accepter de travailler dans des conditions pr\u00e9caires. Nous proc\u00e9dons par la suite \u00e0 la description des conditions de travail et des difficult\u00e9s auxquelles ces femmes font face en g\u00e9n\u00e9ral, et plus sp\u00e9cifiquement depuis le d\u00e9but de la pand\u00e9mie. L\u2019invisibilit\u00e9 des ouvri\u00e8res agricoles dans les politiques et le d\u00e9bat publics nous incite \u00e0 conclure l\u2019article avec certaines recommandations telles qu\u2019elles \u00e9taient exprim\u00e9es par les ouvri\u00e8res lors de nos entretiens.<\/p>\n<figure id=\"attachment_20290\" aria-describedby=\"caption-attachment-20290\" style=\"width: 720px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-20290 size-medium\" src=\"https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture1-720x540.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture1-720x540.jpg 720w, https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture1-768x576.jpg 768w, https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture1.jpg 1430w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-20290\" class=\"wp-caption-text\">Photo 1\u00a0: Des ouvri\u00e8res agricoles en train de faire le d\u00e9sherbage de l\u2019oignon dans la plaine du Saiss (credit\u00a0: Lisa Bossenbroek)<\/figcaption><\/figure>\n<h2>L\u2019\u00e9mergence d\u2019une main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine salari\u00e9e<\/h2>\n<p>Au Maroc, la femme rurale a toujours travaill\u00e9. En plus de ses t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res (cuisine, m\u00e9nage, l\u2019entretien du linge, l\u2019\u00e9ducation des enfants) elle travaille dans l\u2019exploitation familiale en se chargeant de certaines t\u00e2ches bien sp\u00e9cifiques comme la plantation, la r\u00e9colte, le d\u00e9sherbage, et le travail \u00e0 l\u2019\u00e9table. Toutefois, le travail agricole f\u00e9minin r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 n\u2019a vu le jour qu\u2019\u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 &#8211; 1990. Avant, comme on peut le lire dans le travail de Paul Pascon et Mohammed Ennaji (1985), elle \u00e9tait peu pr\u00e9sente et du coup <em>\u00ab dans certaines r\u00e9gions, comme le Haouz, on fait appel m\u00eame \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine urbaine, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019\u00e0 la campagne elle n\u2019est pas encore pr\u00e9sente en abondance sur le march\u00e9 du travail du fait des tabous existants \u00bb<\/em> (p.\u00a0 58). Aujourd\u2019hui, ce constat n\u2019est plus valable et la participation des femmes rurales dans le travail agricole r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 est devenue une r\u00e9alit\u00e9 de tous les jours. Toutefois, les tabous et la stigmatisation du travail agricole f\u00e9minin restent, encore aujourd&#8217;hui, des traits dominants de la soci\u00e9t\u00e9 rurale.<\/p>\n<p>Seule une minorit\u00e9 des ouvri\u00e8res travaille avec des contrats de travail et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une s\u00e9curit\u00e9 sociale. En effet, la grande majorit\u00e9 travaille sans contrat, sans s\u00e9curit\u00e9 sociale et avec peu d&#8217;opportunit\u00e9s d&#8217;ascension professionnelle, contrairement aux hommes (Bossenbroek, et al. 2013). En effet, les ouvriers qui accumulent des exp\u00e9riences agricoles arrivent \u00e0 se hisser professionnellement et peuvent devenir plus facilement \u00ab\u00a0<em>cabran\u00a0\u00bb<\/em> (de \u00ab\u00a0caporal\u00a0\u00bb, soit, responsable de la gestion et mobilisation des ouvriers), gardien, responsable de la conduite des machines, interm\u00e9diaires, etc. Les femmes n\u2019ont que rarement l\u2019opportunit\u00e9 de devenir \u00ab\u00a0<em>cabran\u00a0\u00bb<\/em> et ont encore moins de chances d\u2019acqu\u00e9rir un autre statut professionnel agricole sp\u00e9cialis\u00e9. Elles continuent de travailler dans les diff\u00e9rentes exploitations, soit en travaillant directement chez l\u2019agriculteur ou en passant \u00e0 travers le <em>moquef<\/em>, lieu souvent situ\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 des petits centres ruraux, o\u00f9, \u00e0 l\u2019aube, les ouvri\u00e8res et les ouvriers se rassemblent pour trouver un emploi pour la journ\u00e9e (voir photo 2). Pour arriver sur leur lieu de travail, les ouvri\u00e8res et ouvriers sont souvent entass\u00e9s en grand nombre dans des camionnettes ou pick-ups non b\u00e2ch\u00e9s et transport\u00e9s vers les exploitations. Les frais de transport sont assur\u00e9s soit par l\u2019agriculteur, soit par le caporal qui soustrait une partie du salaire des ouvri\u00e8res en contrepartie. Du fait de l\u2019irrespect de la s\u00e9curit\u00e9 des passagers et du code de la route, <a href=\"https:\/\/viacampesina.org\/fr\/maroc-un-accident-tragique-tue-14-ouvrieres-agricoles\/\">les accidents de route sont assez fr\u00e9quents<\/a>.;<\/p>\n<figure id=\"attachment_20293\" aria-describedby=\"caption-attachment-20293\" style=\"width: 720px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-20293 size-medium\" src=\"https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture2-720x540.jpg\" alt=\"\" width=\"720\" height=\"540\" srcset=\"https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture2-720x540.jpg 720w, https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture2-768x576.jpg 768w, https:\/\/d2uecu6cucl1lj.cloudfront.net\/ari\/2021\/10\/25181345\/Picture2.jpg 1427w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-20293\" class=\"wp-caption-text\">Photos 2\u00a0: Trois ouvri\u00e8res dans un moquef dans la r\u00e9gion du Saiss. (credit\u00a0: Lisa Bossenbroek)<\/figcaption><\/figure>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, quand les femmes travaillent directement chez l&#8217;agriculteur, elles gagnent entre 60 et 70 DH (5,7 \u2013 6,6 Euros) par jour. Si elles trouvent un travail \u00e0 travers le moquef et que la demande en main d&#8217;\u0153uvre est importante (cela d\u00e9pend de la saison agricole) les salaires peuvent \u00eatre plus \u00e9lev\u00e9s et atteindre par exemple 150 \u00e0 180 DH (14,2 \u2013 17 Euros), voire plus. Toutefois, le travail \u00e0 travers le moquef est accompagn\u00e9 de beaucoup d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 : les femmes n\u2019y trouvent pas toujours un travail, particuli\u00e8rement les femmes \u00e2g\u00e9es. A ce propos, Aziza \u00e2g\u00e9e d\u2019environ 60 ans explique : <em>\u00ab\u00a0Je viens ici [au moquef] tous les jours. Je viens vers 4 heures du matin et j\u2019attends jusqu&#8217;\u00e0 10h ou 11h. Cette semaine, je suis venue chaque jour mais je n\u2019ai travaill\u00e9 que 2 jours sur 7 \u00bb. \u00a0<\/em><\/p>\n<h2>Qui sont ces femmes \u00ab\u00a0ninjas\u00a0\u00bb?<\/h2>\n<p>La tenue vestimentaire des ouvri\u00e8res leur a valu le surnom de \u00ab\u00a0ninjas\u00a0\u00bb : leur visage est enroul\u00e9 dans un \u00e9pais foulard, laissant \u00e0 peine appara\u00eetre leurs yeux. Elles expliquent que leur tenue vestimentaire est destin\u00e9e \u00e0 se prot\u00e9ger du soleil, de la poussi\u00e8re et des pesticides. Cependant, outre ces consid\u00e9rations pratiques, beaucoup ont \u00e9galement admis que leurs \u00e9charpes servent \u00e0 cacher leur visage, ce qui leur permet de rester invisibles et \u00ab\u00a0anonymes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>A travers nos entretiens, nous avons pu dresser les multiples profils de ces ouvri\u00e8res \u00ab\u00a0anonymes\u00a0\u00bb. Elles sont souvent issues de contextes \u00e9conomiques tr\u00e8s modestes ou pauvres, et nombreuses d\u2019entre elles n\u2019ont pas acc\u00e8s \u00e0 la terre. Ceci est principalement li\u00e9 aux in\u00e9galit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re pour les femmes dues \u00e0 certaines r\u00e8gles coutumi\u00e8res et aux pratiques d\u2019h\u00e9ritage o\u00f9 la femme re\u00e7oit une partie inferieure \u00e0 ses fr\u00e8res, voire, en est parfois exclue. Leur statut matrimonial, quant \u00e0 lui, est assez divers. On retrouve des femmes divorc\u00e9es, veuves, c\u00e9libataires ou encore des femmes mari\u00e9es. Malgr\u00e9 cette diversit\u00e9, elles ont en commun le fait d\u2019\u00eatre pour la plupart les principales pourvoyeuses de leur famille, ou de partager cette responsabilit\u00e9 avec d&#8217;autres membres de la famille. Dans les deux cas, le salaire des ouvri\u00e8res est essentiel\u00a0: il sert \u00e0 fournir de la nourriture, des m\u00e9dicaments, et \u00e0 payer les factures et l&#8217;\u00e9ducation des enfants.<\/p>\n<h2>Une main d\u2019\u0153uvre invisible et stigmatis\u00e9e<\/h2>\n<p>M\u00eame si le revenu des ouvri\u00e8res est indispensable pour la survie de leur famille, leur travail est socialement peu reconnu et appr\u00e9ci\u00e9. L\u2019image traditionnelle que l\u2019homme serait le principal pourvoyeur de sa famille et que le r\u00f4le de la femme serait plut\u00f4t de s\u2019occuper du bon fonctionnement de son foyer et de l\u2019\u00e9ducation de ses enfants continue \u00e0 r\u00e9gner dans le monde rural. Cette image est renforc\u00e9e par la majorit\u00e9 des employeurs, qui engagent les ouvri\u00e8res le plus souvent sans contrats de travail. Le fait de ne pas reconna\u00eetre les femmes comme de principaux pourvoyeurs de revenus permet \u00e9galement aux employeurs de payer les ouvri\u00e8res avec de faibles salaires. Leur r\u00e9mun\u00e9ration est souvent inf\u00e9rieure de 20 \u00e0 40 % de celle de leurs homologues masculins. Cette situation est aussi justifi\u00e9e par les activit\u00e9s particuli\u00e8res qu&#8217;elles exercent, pour lesquelles il faut soi-disant &#8220;moins de force&#8221;. \u00a0Le salaire des ouvri\u00e8res permanentes ne diff\u00e8re pas beaucoup de celui des ouvri\u00e8res journali\u00e8res. Toutefois, les ouvri\u00e8res permanentes b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019autres avantages comme la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019avoir un emploi et une s\u00e9curit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>L\u2019image traditionnelle qui prime en milieu rural par rapport aux responsabilit\u00e9s de l\u2019homme et de la femme est renforc\u00e9e et (re)produite par les rumeurs et les pr\u00e9jug\u00e9s qui circulent sur les femmes qui travaillent contre r\u00e9mun\u00e9ration dans le secteur agricole. Les agriculteurs ou les g\u00e9rants d\u2019exploitations font parfois r\u00e9f\u00e9rence aux ouvri\u00e8res agricoles comme des jeunes femmes c\u00e9libataires au comportement illicite. Un g\u00e9rant explique : <em>\u00ab\u00a0Lorsqu&#8217;une fille est enceinte, elle se rend au moquef pour trouver un emploi afin de subvenir aux besoins de son enfant, car elle ne peut pas retourner dans la maison parentale. Certaines filles peuvent devenir d\u00e9pendantes du travail dans le moquef, elles se marient six mois et divorcent ensuite mais restent vivre dans les centres ruraux. Elles travaillent dans le secteur agricole ou commencent \u00e0 se prostituer &#8211; tatltaja\u00e2 l-chari3 [litt\u00e9ralement &#8211; elle se tourne vers la rue]\u00a0\u00bb.<\/em> En d&#8217;autres occasions, les ouvri\u00e8res salari\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 qualifi\u00e9es de <em>\u00ab\u00a0femmes qui ont fait perdre la t\u00eate aux agriculteurs\u00a0\u00bb<\/em>, ou encore de femmes <em>\u00ab\u00a0libres\u00a0\u00bb<\/em>. Par ailleurs, des femmes rurales, issues de familles plus ais\u00e9es, ne se privent pas de faire des remarques n\u00e9gatives sur les ouvri\u00e8res agricoles : \u00ab <em>Ici, c\u2019est mal vu \u00ab ayb \u00bb que la femme travaille. Avant les femmes travaillaient et nous nous moquons d\u2019elles car elles travaillent avec les hommes. Si tu travailles avec un homme, on va dire que t\u2019es sa copine<\/em> \u00bb (Naima, 50 ans).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, il est donc difficile pour les femmes rurales qui exercent un travail salari\u00e9 de combiner leurs activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices avec l&#8217;identit\u00e9 de femme vertueuse. Toutefois, elles sont conscientes de cette situation et n\u00e9gocient habillement leurs comportements et les fronti\u00e8res public-priv\u00e9 de l\u2019espace, afin de gagner un revenu sans perdre leur int\u00e9grit\u00e9 en tant que femmes (Bossenbroek, 2018). Elles choisissent par exemple de travailler et de se d\u00e9placer avec des voisines ou des voisins de mani\u00e8re \u00e0 rester dans la sph\u00e8re des proches et d\u2019\u00e9tendre le contr\u00f4le social. D\u2019autres optent pour le travail sur des exploitations appartenant \u00e0 des membres de la famille ou de la communaut\u00e9 avec comme objectif de maintenir le contr\u00f4le social sans se priver de travail. Ajoutant \u00e0 cela la mani\u00e8re de porter le voile qui leur permet de circuler dans l\u2019espace public sans \u00eatre reconnue.<\/p>\n<h2>Une situation pr\u00e9caire accentu\u00e9e par la pand\u00e9mie et le confinement<\/h2>\n<p>La pr\u00e9carit\u00e9 des ouvri\u00e8res se traduit par des salaires structurellement bas, une absence de contrat et de s\u00e9curit\u00e9 sociale pour la majorit\u00e9 d\u2019entre elles, et aucune garantie \u00e0 l&#8217;emploi. Tout cela a \u00e9t\u00e9 accentu\u00e9 par la pand\u00e9mie et le confinement instaur\u00e9 au Maroc en mars 2020 (Bossenbroek et Ftouhi, 2021).\u00a0 Lors d\u2019entretiens t\u00e9l\u00e9phoniques men\u00e9s pendant le confinement, les femmes ont expliqu\u00e9 que les opportunit\u00e9s de travail s\u2019\u00e9taient r\u00e9duites : \u00ab\u00a0<em>Avant le Corona, nous avions l&#8217;habitude de travailler tous les jours. Maintenant, nous ne travaillons que trois jours par semaine, et parfois seulement un jour par semaine. \u00c0 cause de Corona, il n&#8217;y a plus de travail<\/em>\u00a0\u00bb. Plusieurs raisons ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es pour expliquer cette situation. En effet, \u00e0 cause des restrictions de mobilit\u00e9, les ouvri\u00e8res ont eu des difficult\u00e9s \u00e0 atteindre les exploitations agricoles et les entreprises agroalimentaires o\u00f9 le travail est disponible. En effet, alors qu\u2019en temps normal, les ouvri\u00e8res sont transport\u00e9es dans des camionnettes et des pick-ups vers les exploitations agricoles, depuis l\u2019instauration du confinement, les autorit\u00e9s ont exig\u00e9 que le nombre de passagers par v\u00e9hicule soit r\u00e9duit \u00e0 3 jusqu\u2019\u00e0 5 personnes (selon la taille du v\u00e9hicule) et de disposer d\u2019une autorisation de d\u00e9placement, d\u00e9livr\u00e9e par les autorit\u00e9s locales, pour pouvoir passer les nombreux points de contr\u00f4le policier situ\u00e9s sur les diff\u00e9rentes routes. Cependant, comme la plupart des ouvri\u00e8res que nous avons interrog\u00e9es n&#8217;ont pas de contrat, il leur est difficile d&#8217;obtenir une telle autorisation. Cela compromet leurs chances de trouver du travail, notamment dans des exploitations situ\u00e9es dans des communes \u00e9loign\u00e9es de leur domicile. De plus, en raison de l&#8217;interdiction des rassemblements, les <em>moquefs<\/em> \u00e9taient interdits d\u2019acc\u00e8s. Les ouvri\u00e8res qui ont tent\u00e9 de se rassembler dans les <em>moquefs<\/em> ont expliqu\u00e9 qu&#8217;elles en \u00e9taient chass\u00e9es par les autorit\u00e9s locales, ou qu&#8217;elles \u00e9taient amen\u00e9es au commissariat de police comme l&#8217;explique Hasna : <em>\u00ab\u00a0Ils nous ont emmen\u00e9es plusieurs fois au commissariat, ils nous ont dit : \u00ab\u00a0Les rassemblements sont interdits, ne montez pas dans les v\u00e9hicules bond\u00e9s, vous devez avoir une autorisation de d\u00e9placement, et le port du masque est obligatoire&#8230;\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Cette situation a provoqu\u00e9 des probl\u00e8mes de diff\u00e9rentes natures chez les ouvri\u00e8res agricoles. D\u2019une part, des probl\u00e8mes financiers li\u00e9s notamment \u00e0 leur incapacit\u00e9 \u00e0 payer les factures et les m\u00e9dicaments, \u00e0 assurer les frais de scolarit\u00e9 \u00e0 distance de leurs enfants et \u00e0 fournir des repas corrects \u00e0 leurs familles, comme en t\u00e9moigne Fdila : <em>\u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas pu assurer \u00e0 mon enfant les moyens pour suivre les cours en ligne\u2026 Je n\u2019ai pas un smartphone\u2026 Il n\u2019a pas non plus pu suivre les cours diffus\u00e9s \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision car la n\u00f4tre est endommag\u00e9e et je n\u2019ai pas l\u2019argent pour acheter une nouvelle <\/em>\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, elles ont fait face \u00e0 des probl\u00e8mes psychologiques en lien avec leur incapacit\u00e9 \u00e0 subvenir \u00e0 leurs besoins et \u00e0 ceux de leurs familles, sans compter la peur d\u2019\u00eatre contamin\u00e9es sur leur lieu de travail et de contaminer en cons\u00e9quence leurs familles comme l\u2019explique Hakima : <em>\u00ab\u00a0Nous vivions dans la peur\u2026 Nous disions qu\u2019aujourd\u2019hui les autres sont contamin\u00e9s, demain ce sera nous. Il y avait des cas dans notre village, nous avons eu peur apr\u00e8s avoir eu cette nouvelle&#8230; Nous \u00e9tions terrifi\u00e9s, je me r\u00e9veillais la nuit et j\u2019avais peur \u00bb.<\/em><\/p>\n<h2>Un soutien \u00e9tatique et soci\u00e9tal faible<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s l\u2019instauration du confinement, bien qu\u2019aucun soutien financier \u00e9tatique n\u2019ait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement destin\u00e9 aux ouvri\u00e8res agricoles, certaines ouvri\u00e8res ont pu b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019op\u00e9ration <em>Tadamon<\/em> lanc\u00e9e par l\u2019Etat pour venir en aide aux populations vuln\u00e9rables qui ont \u00e9t\u00e9 affect\u00e9es par les mesures restrictives instaur\u00e9es. Il s\u2019agit d\u2019aides financi\u00e8res dispens\u00e9es au profit des chefs de m\u00e9nages op\u00e9rant dans le secteur informel et des familles vuln\u00e9rables. Cette op\u00e9ration est financ\u00e9e directement par le \u00ab <em>Fonds sp\u00e9cial pour la gestion de la pand\u00e9mie du coronavirus Covid-19 <\/em>\u00bb lanc\u00e9 par le roi Mohamed VI le 15 mars 2020. Cependant, certaines ouvri\u00e8res, notamment analphab\u00e8tes, n\u2019ont pas pu b\u00e9n\u00e9ficier de cette aide car elles n\u2019ont pas pu r\u00e9aliser la proc\u00e9dure de demande en ligne. Dans d\u2019autres cas, m\u00eame quand la femme est le principal pourvoyeur de la famille, le mari ou le beau-p\u00e8re est consid\u00e9r\u00e9 comme le chef de famille ce qui de facto emp\u00eache les femmes de demander directement de l&#8217;aide.<\/p>\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, plusieurs femmes, ou l&#8217;un des membres de leur famille, ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de paniers de denr\u00e9es alimentaires de base distribu\u00e9s par les communes ou par la soci\u00e9t\u00e9 civile aux familles vuln\u00e9rables lorsque des villages entiers ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s suite \u00e0 la contamination de certains de leurs habitants<\/p>\n<h2>Le sort des ouvri\u00e8res une ann\u00e9e apr\u00e8s la pand\u00e9mie<\/h2>\n<p>Malgr\u00e9 le d\u00e9confinement et l\u2019all\u00e8gement des mesures restrictives, la situation des ouvri\u00e8res agricoles ne s\u2019est pas am\u00e9lior\u00e9e pour autant. En effet, m\u00eame si les <em>moquefs<\/em> sont \u00e0 nouveau ouverts et les points de contr\u00f4le policier n\u2019emp\u00eachent plus les v\u00e9hicules de ramener les ouvri\u00e8res vers les exploitations agricoles, ces derni\u00e8res continuent \u00e0 souffrir des s\u00e9quelles du confinement comme l\u2019explique Khadija :<em> \u00ab\u00a0\u2026La crise est toujours l\u00e0. Les agriculteurs n\u2019ont plus les moyens pour ramener les ouvriers du moquef et de les payer par la suite. L\u2019activit\u00e9 agricole est presque arr\u00eat\u00e9e\u00a0\u00bb. <\/em>En effet, m\u00e9fiants, certains agriculteurs ont r\u00e9duit les superficies cultiv\u00e9es et ne proposent que des salaires bas, m\u00eame en p\u00e9riode de pointe de l\u2019activit\u00e9 agricole, de peur de ne pas pouvoir vendre leur production \u00e0 la fin de la campagne agricole et de subir des pertes financi\u00e8res. Une ouvri\u00e8re de la plaine de Saiss explique\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Normalement, c\u2019est la p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 on peut n\u00e9gocier des salaires de 130, 150, 200 DH\/jour. Actuellement, on ne trouve m\u00eame pas un agriculteur qui accepte de nous payer 50 Dh\/jour. Quand on revendique un salaire plus important, ils nous r\u00e9pondent si on donne plus c\u2019est comme si on partage nos b\u00e9n\u00e9fices avec vous, parce que les agriculteurs, eux-m\u00eames, n\u2019ont plus les moyens de financer les activit\u00e9s agricoles<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Les s\u00e9quelles dont parlent les ouvri\u00e8res se traduisent par des cr\u00e9dits qui se sont accumul\u00e9s et qu\u2019elles sont aujourd\u2019hui incapables de rembourser dans leur totalit\u00e9. En outre, les factures d\u2019eau et d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qu\u2019elles voulaient r\u00e9gler apr\u00e8s le confinement ne le sont toujours pas.<\/p>\n<h2>Un silence politique autour du quotidien des ouvri\u00e8res et un d\u00e9bat public r\u00e9serv\u00e9<\/h2>\n<p>En termes de politiques publiques, la probl\u00e9matique des ouvri\u00e8res et ouvriers agricoles n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e exclusivement. Elle fait partie du code du travail marocain ou des strat\u00e9gies agricoles dans leur ensemble (encouragement \u00e0 la production, \u00e0 la commercialisation, aux fili\u00e8res, aux organisations et coop\u00e9ratives, etc.). Pour le travailleur agricole, un SMAG (le salaire minimum l\u00e9gal pour le secteur de l\u2019agriculture) de l\u2019ordre de 76,70 DH\/J est fix\u00e9 par la loi et le travail devrait \u00eatre formalis\u00e9 en contrat de travail et donc assorti d\u2019une couverture sociale et d\u2019une retraite. Toutefois, si on consid\u00e8re que 90% de l\u2019emploi dans le secteur agricole et rural est informel, il devient \u00e9vident que le travailleur agricole est invisible et ne b\u00e9n\u00e9ficie par des droits que lui procure la loi.<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat public portant sur la probl\u00e9matique des ouvriers et ouvri\u00e8res agricoles n\u2019est presque jamais abord\u00e9 en exclusivit\u00e9 dans les sph\u00e8res de d\u00e9cisions non plus (parlement, partis politiques, gouvernement, etc.). Il fait partie du respect du code du travail pour tous les secteurs et interpelle aussi bien le Minist\u00e8re du Travail que de l\u2019Agriculture. Il faut dire aussi que le fait que 70 % des exploitations agricoles exploitent moins de 5 hectares et sont de caract\u00e8re familial rend l\u2019informalit\u00e9 du travail agricole comme une \u00ab\u00a0\u00e9vidence\u00a0\u00bb. En effet, en dehors des grands domaines agricoles, peu d\u2019exploitations agricoles tiennent une comptabilit\u00e9 rendant complexe le rapport \u00e0 l\u2019emploi notamment d\u2019une main d\u2019\u0153uvre saisonni\u00e8re d\u2019appoint. Par ailleurs, seuls quelques grands domaines agricoles et op\u00e9rateurs de l\u2019industrie agroalimentaire r\u00e9alisent des contrats avec leurs employ\u00e9s.<\/p>\n<p>Cela expliquerait aussi que tr\u00e8s peu de \u00ab\u00a0porte de voix\u00a0\u00bb de la situation des travailleurs agricoles existent et font du plaidoyer aupr\u00e8s des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes. Incontestablement, les rares mises en d\u00e9bats publics sur la situation des femmes ouvri\u00e8res en particulier, ont lieu suite \u00e0 des incidents malheureux d\u2019accident mortels sur les routes en raison des conditions d\u00e9plorables de transport et du non-respect du code de la route. C\u2019\u00e9tait aussi le cas en p\u00e9riode de pand\u00e9mie Covid 19 quand certaines stations de conditionnement sont devenues <a href=\"https:\/\/www.medias24.com\/2020\/06\/20\/les-clusters-du-gharb-mettent-a-nu-la-precarite-des-ouvrieres-agricoles\/\">des foyers \u00e9pid\u00e9miques<\/a>.<\/p>\n<p>Cette mise sur agenda public prend la forme de forte m\u00e9diatisation, de questions au parlement ou de plaidoyer des syndicats. Par exemple, suite \u00e0 un drame sur la route, le groupe parlementaire de la Conf\u00e9d\u00e9ration D\u00e9mocratique du Travail (CDT) a adress\u00e9 une question \u00e9crite sur le sujet au ministre du Travail et de l\u2019Insertion professionnelle. Du c\u00f4t\u00e9 du Syndicat national marocain des ouvriers agricoles (SNOA), un long plaidoyer a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le 20 f\u00e9vrier 2021 d\u00e9crivant l\u2019enfer que vivent des millions d\u2019ouvriers dans les champs, les domaines agricoles et les stations d\u2019emballage sur tout le territoire marocain. En mai 2021, le ministre des affaires g\u00e9n\u00e9rales avait d\u00e9clar\u00e9 au parlement qu\u2019\u00ab <em>une r\u00e9union a \u00e9t\u00e9 tenue avec les minist\u00e8res de l\u2019Agriculture et du Travail pour l\u2019\u00e9laboration d\u2019un nouveau cahier des charges pour le transport des ouvriers agricoles<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 civile joue aussi un r\u00f4le consid\u00e9rable dans la mise sur agenda public de la d\u00e9stresse des ouvri\u00e8res agricoles. Plusieurs campagnes de sensibilisation ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9e. Par exemple la campagne de sensibilisation digitale\u00a0 \u00ab\u00a0Youda\u00a0\u00bb lanc\u00e9e par le\u00a0 Groupe des Jeunes Femmes pour la D\u00e9mocratie (GJFD) dans la plaine du Sous pour sensibiliser contre <a href=\"https:\/\/www.medias24.com\/2020\/04\/16\/confinees-les-ouvrieres-agricoles-plus-sujettes-a-la-precarite-et-la-violence\/\">les violences domestiques auxquelles les ouvri\u00e8res \u00e9taient confront\u00e9es pendant le confinement<\/a> ou l\u2019initiative lanc\u00e9e par OXFAM en 2008 pour lutter pour les droits des ouvri\u00e8res agricoles qui travaillent dans le secteur des fruits rouges (Th\u00e9roux-S\u00e9guin 2016). Bien que des actions et des initiatives ponctuelles soient entreprises par quelques associations et Organisations Non Gouvernementales (ONG), ces derni\u00e8res restent locales et \u00e0 port\u00e9e limit\u00e9e.<\/p>\n<h2>Conclusion<\/h2>\n<p>Les donn\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es dans cet article mettent l\u2019accent sur la pr\u00e9carit\u00e9 de la situation socio-\u00e9conomique des ouvri\u00e8res agricoles au Maroc avec un focus particulier sur le cas des ouvri\u00e8res dans deux des principales zones agricoles du pays : le Saiss et la zone c\u00f4ti\u00e8re du Gharb et du Loukkos. Une pr\u00e9carit\u00e9 que la pand\u00e9mie et les mesures restrictives qui l\u2019ont accompagn\u00e9e ont exacerb\u00e9. Cette pr\u00e9carit\u00e9 est peu visible et pas prise en compte dans les politiques publiques agricoles.<\/p>\n<p>Toutefois, il y\u2019aurait aujourd\u2019hui une lueur d&#8217;espoir afin d\u2019adresser la pr\u00e9carit\u00e9 des ouvri\u00e8res. Le Maroc a connu des \u00e9lections et un changement de gouvernement en septembre 2021 et tout laisse \u00e0 esp\u00e9rer que la nouvelle strat\u00e9gie agricole G\u00e9n\u00e9ration Green (2021-2030) pourrait aborder de front la situation des travailleuses agricoles. De plus, le pays a lanc\u00e9, suite \u00e0 la crise pand\u00e9mique, la couverture sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e avec comme public cible prioritaire les agriculteurs. Ce qui devrait contribuer, si cela arrive au bout, d\u2019att\u00e9nuer les conditions de vie des ouvriers.<\/p>\n<p>De ce contexte de possibles changements nous aimerions transmettre certaines dol\u00e9ances telles qu\u2019elles \u00e9taient exprim\u00e9es par les ouvri\u00e8res avec lesquelles nous nous entretenons depuis presque une d\u00e9cennie\u00a0et qu\u2019elles souhaitent que les responsables politiques exaucent :<\/p>\n<ul>\n<li>Disposer de salaires d\u00e9cents, qui compensent les corv\u00e9es qu\u2019elles endurent, en revalorisant notamment le SMAG\u00a0;<\/li>\n<li>Avoir des emplois stables et permanents o\u00f9 elles n\u2019auront pas \u00e0 se soucier au quotidien de trouver ou non un travail pour la journ\u00e9e ;<\/li>\n<li>Pouvoir travailler dans de meilleures conditions avec le respect des lois de travail et la garantie d\u2019une couverture sociale et d\u2019une retraite ;<\/li>\n<li>Orienter les aides \u00e9tatiques au secteur agricole en favorisant les employeurs respectueux des conditions de travail\u00a0;<\/li>\n<li>Mettre en place des bonus, comme c\u2019est le cas des grands taxis de transport, pour permettre aux transporteurs de renouveler leurs v\u00e9hicules anciens\u00a0;<\/li>\n<li>Favoriser des startups et des innovations pour la mise en r\u00e9seau du travail agricole\u00a0;<\/li>\n<li>B\u00e9n\u00e9ficier de projets collectifs, dans le cadre d\u2019associations ou de coop\u00e9ratives, o\u00f9 elles peuvent travailler ensemble et mettre en pratique leurs savoir-faire comme un projet de tissage de tapis par exemple.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En outre, il est important d\u2019aller au-del\u00e0 des tabous qui entourent le travail r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 agricole f\u00e9minin et de v\u00e9hiculer d&#8217;autres discours et images des ouvri\u00e8res agricoles. Une image qui reposerait sur la reconnaissance de leur r\u00f4le incontournable pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire du pays et pour faire aboutir la politique agricole nationale.<\/p>\n<h2>References<\/h2>\n<p>Bossenbroek, L., and Ftouhi, H. (2021). The plight of female agricultural wageworkers in Morocco during the COVID-19 pandemic. Cahiers Agric.<\/p>\n<p>Bossenbroek, L. (2019). Les Ouvri\u00e8res Agricoles Dans le Sa\u00efss au Maroc, Actrices de Changements Sociaux ? Alternatives Rurales 7. <a href=\"http:\/\/alternatives-rurales.org\/les-ouvrieres-agricoles-dans-le-saiss-au-maroc-actrices-de-changements-sociaux\/\">http:\/\/alternatives-rurales.org\/les-ouvrieres-agricoles-dans-le-saiss-au-maroc-actrices-de-changements-sociaux\/<\/a><\/p>\n<p>Bossenbroek, L., M. Errahj et N. El Alime (2015) \u2018Les nouvelles modalit\u00e9s du travail agricole dans le Sa\u00efss au Maroc. L&#8217;\u00e9mergence des in\u00e9galit\u00e9s identitaires entre l&#8217;ouvrier et l&#8217;ouvri\u00e8re?\u2019, In: B. Dupret, Z. Rhani, A. Boutaleb, J-N. Ferri\u00e9 (Eds.) <em>Le Maroc au Pr\u00e9sent. D\u2019une \u00e9poque \u00e0 l\u2019autre, une soci\u00e9t\u00e9 en mutation<\/em>, Rabat: Edition Centre Jacques-Berque &amp; Fondation du Roi Abdul-Aziz: 365-374.<\/p>\n<p>Pascon, P. et M. Ennaji (1985) \u2018Les paysans sans terre au Maroc\u2019, In: Etudes et recherches interdisciplinaires pour le d\u00e9veloppement rural. Rabat, Maroc : Institut agronomique et v\u00e9t\u00e9rinaire Hassan II, Direction du d\u00e9veloppement : 155\u2013141.<\/p>\n<p>Th\u00e9roux-S\u00e9guin J, 2016. From Empowerment to Transformative Leadership: Intersectional Analysis of Women Workers in the Strawberry Sector of Morocco., In Fletcher AJ, Kubik W (Eds.) Women in Agriculture Worldwide Key issues and practical approaches, p 209 \u2013 225. Routledge: Oxon, New York.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_20298_1();\">Endnotes<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_20298_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_20298_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_20298_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">Endnotes<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_20298_1_1\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_20298_1('footnote_plugin_tooltip_20298_1_1');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Tous les noms propres utilis\u00e9s dans cet article ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s pour garder l\u2019anonymat des personnes interview\u00e9es.<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_20298_1() { jQuery('#footnote_references_container_20298_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_20298_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_20298_1() { jQuery('#footnote_references_container_20298_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_20298_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_20298_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_20298_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_20298_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_20298_1(); } } function footnote_moveToReference_20298_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_20298_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_20298_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_20298_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"featured_media":20293,"menu_order":0,"template":"","categories":[142],"tags":[447,306,138],"class_list":["post-20298","publication","type-publication","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-bawader-fr","tag-agriculture-fr","tag-femmes","tag-maroc"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/20298","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication"}],"about":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/publication"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/20298\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":20310,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/20298\/revisions\/20310"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20293"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=20298"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=20298"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=20298"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}