{"id":16959,"date":"2021-02-11T11:51:40","date_gmt":"2021-02-11T10:51:40","guid":{"rendered":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/?post_type=publication&#038;p=16959"},"modified":"2026-01-26T15:01:56","modified_gmt":"2026-01-26T14:01:56","slug":"une-loi-contre-les-discriminations-raciales-en-tunisie-bilan-en-demi-teinte-dune-loi-pionniere","status":"publish","type":"publication","link":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/publication\/une-loi-contre-les-discriminations-raciales-en-tunisie-bilan-en-demi-teinte-dune-loi-pionniere\/","title":{"rendered":"Une loi contre les discriminations raciales en Tunisie\u00a0: bilan en demi-teinte d\u2019une loi pionni\u00e8re"},"content":{"rendered":"<p>En 2018, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 civile, la Tunisie adoptait une loi organique p\u00e9nalisant la discrimination raciale. La loi, qui est venue combler un vide juridique, permet aux victimes de saisir la justice et d\u2019obtenir r\u00e9paration. Avant 2018, aucun texte ne permettait de poursuivre les auteurs d\u2019actes ou de paroles \u00e0 caract\u00e8re raciste. Les victimes \u00e9taient doublement discrimin\u00e9es, subissant le racisme ainsi qu\u2019une l\u00e9gislation qui ne reconnaissait pas ce dont elles \u00e9taient victimes. Bien qu\u2019ayant ratifi\u00e9 la convention internationale sur l\u2019\u00e9limination de la discrimination raciale (ICERD) depuis 1967, aucun texte national n\u2019avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 pour transposer les dispositions de la convention internationale dans le droit tunisien.<\/p>\n<p>La loi organique n\u00b050-2018 est la premi\u00e8re en son genre en Afrique du Nord et dans le monde arabe. Le racisme s\u00e9vit contre les personnes noires, tunisiennes ou \u00e9trang\u00e8res, depuis de nombreuses ann\u00e9es en Tunisie, mais ce n\u2019est qu\u2019apr\u00e8s le soul\u00e8vement de 2011 et la transition d\u00e9mocratique du pays que les victimes sont devenues visibles, ces \u00e9v\u00e8nements ayant permis de lever le voile sur plusieurs des probl\u00e8mes soci\u00e9taux \u00e9touff\u00e9s par le r\u00e9gime en place depuis l\u2019ind\u00e9pendance. La construction de la \u00ab\u00a0tunisianit\u00e9\u00a0\u00bb par le r\u00e9gime bourguibien dans la Tunisie postcoloniale semblait devoir forc\u00e9ment passer par le rejet de toute autre identit\u00e9. C\u2019est ainsi qu\u2019en Tunisie les identit\u00e9s noires ou amazighs et les identit\u00e9s religieuses juives ou ibadites ont d\u00fb se dissoudre dans une identit\u00e9 arabo-musulmane sunnite construite par l\u2019Etat.<\/p>\n<p>La loi sur l\u2019\u00e9limination de la discrimination raciale en Tunisie est porteuse d\u2019un message, celui du refus du l\u00e9gislateur, et de la soci\u00e9t\u00e9 tunisienne, du racisme en Tunisie et de la reconnaissance du statut de victime \u00e0 celles et ceux qui le subissent. La loi vise \u00e0 faire de ce message une politique publique de l\u2019Etat qui serait transversale et non limit\u00e9e au seul cadre l\u00e9gislatif. Une loi est sens\u00e9e apporter d\u2019abord un cadre juridique mais l\u2019analyse de la loi 50-2018 va nous permettre de voir qu\u2019au-del\u00e0 du juridique\u00a0; elle a de nombreux autres apports. Nous verrons toutefois comment ces apports non juridiques sont rest\u00e9s limit\u00e9s et essaierons d\u2019en comprendre les raisons. Deux ans apr\u00e8s son adoption, la loi 50-2018 devrait \u00eatre effective mais ce n\u2019est pas encore le cas.<\/p>\n<h2>Quels sont les apports juridiques de la loi 50-2018\u00a0relative \u00e0 l&#8217;\u00e9limination de toutes les formes de discrimination raciale ?<\/h2>\n<p>La loi vient d\u00e9finir la discrimination raciale de mani\u00e8re tr\u00e8s claire et conforme aux standards internationaux de l\u2019ICERD. Est une discrimination raciale au sens de la loi tunisienne <em>\u00ab\u00a0toute distinction, exclusion, restriction ou pr\u00e9f\u00e9rence op\u00e9r\u00e9e sur le fondement de la race, la couleur, l\u2019ascendance, l\u2019origine nationale ou ethnique ou toute autre forme de discrimination raciale au sens des conventions internationales ratifi\u00e9es, qui est \u00e0 m\u00eame d\u2019emp\u00eacher, d\u2019entraver ou de priver la jouissance ou l\u2019exercice, sur la base de l\u2019\u00e9galit\u00e9, des droits et libert\u00e9s, ou entra\u00eenant des devoirs et des charges suppl\u00e9mentaires.<\/em><\/p>\n<p><em>Ne constitue pas une discrimination raciale toute distinction, exclusion, restriction ou pr\u00e9f\u00e9rence \u00e9tablie entre les tunisiens et les \u00e9trangers \u00e0 condition de ne cibler aucune nationalit\u00e9 au d\u00e9triment des autres, tout en prenant en compte les engagements internationaux de la R\u00e9publique Tunisienne\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Elle pr\u00e9voit \u00e9galement de nouvelles peines pour les auteurs de discrimination raciale\u00a0: tout acte ou propos raciste sera puni par une peine de prison allant d\u2019un mois \u00e0 un an d\u2019emprisonnement et d\u2019une amende de cinq cent \u00e0 mille dinars ou de l\u2019une de ces deux peines. La peine est port\u00e9e au double dans les cas suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>Si la victime est un enfant,<\/li>\n<li>Si la victime est en \u00e9tat de vuln\u00e9rabilit\u00e9 en raison de son \u00e2ge avanc\u00e9, du handicap, de l\u2019\u00e9tat de grossesse apparent, du statut d\u2019immigrant ou de r\u00e9fugi\u00e9,<\/li>\n<li>Si l\u2019auteur de l\u2019acte a une autorit\u00e9 de droit ou de fait sur la victime ou s\u2019il a abus\u00e9 des pouvoirs de sa fonction,<\/li>\n<li>Si l\u2019acte est commis par un groupe de personnes, qu\u2019ils soient auteurs principaux ou coauteurs.<\/li>\n<\/ul>\n<p>La loi pr\u00e9voit \u00e9galement des peines d\u2019un an \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement et d\u2019une amende de mille \u00e0 trois mille dinars ou de l\u2019une de ces deux peines pour des actes plus graves tels que\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019incitation \u00e0 la haine, \u00e0 la violence et \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation, \u00e0 la s\u00e9paration, \u00e0 l\u2019exclusion ou la menace de le faire \u00e0 l\u2019encontre de toute personne ou groupe de personnes fond\u00e9 sur la discrimination raciale,<\/li>\n<li>La diffusion des id\u00e9es fond\u00e9es sur la discrimination raciale ou sur la sup\u00e9riorit\u00e9 raciale ou sur la haine raciale, par quelque moyen que ce soit,<\/li>\n<li>L\u2019\u00e9loge des pratiques de discrimination raciale par quelque moyen que ce soit,<\/li>\n<li>La formation, l\u2019adh\u00e9sion ou la participation dans un groupe ou dans une organisation qui supporte d\u2019une mani\u00e8re claire et r\u00e9p\u00e9titive la discrimination raciale.<\/li>\n<li>L\u2019appui ou le financement des activit\u00e9s, des associations ou des organisations \u00e0 caract\u00e8re raciste.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les peines sont aggrav\u00e9es quand l\u2019auteur est une personne morale.<\/p>\n<p>Elle apporte \u00e9galement une nouvelle proc\u00e9dure propre \u00e0 la discrimination raciale permettant de faciliter l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la justice par les victimes. Les plaintes peuvent en effet \u00eatre formul\u00e9es par la victime ou son tuteur si celle-ci est mineure ou si elle ne jouit pas de la capacit\u00e9. Les plaintes doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9es aupr\u00e8s du Procureur de la R\u00e9publique territorialement comp\u00e9tent. Elles peuvent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9es aupr\u00e8s du tribunal cantonal. La loi pr\u00e9voit\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>La d\u00e9signation par le procureur d\u2019un substitut au sein du tribunal pour recevoir les plaintes relatives \u00e0 la discrimination raciale et assurer le suivi de leurs enqu\u00eates.<\/li>\n<li>La mise en place d\u2019un registre sp\u00e9cial pour les plaintes relatives \u00e0 la discrimination raciale.<\/li>\n<li>Un d\u00e9lai maximum de deux mois \u00e0 compter de la date de d\u00e9p\u00f4t de la plainte pour cl\u00f4turer l\u2019enqu\u00eate et la transmettre au tribunal comp\u00e9tent.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>Quels sont les apports non-juridiques de la loi 50-2018\u00a0?<\/h2>\n<p>La loi organique aborde la pr\u00e9vention de la discrimination raciale. Au-del\u00e0 du juridique, il s\u2019agit de pr\u00e9venir ce ph\u00e9nom\u00e8ne en faisant peser sur l\u2019Etat tunisien de nouvelles obligations.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit pour l\u2019Etat tunisien de mettre en place des politiques publiques, des strat\u00e9gies et des plans d\u2019actions \u00e0 m\u00eame de pr\u00e9venir toutes les formes et pratiques de discrimination raciale et de lutter contre les st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 caract\u00e8re raciste courants dans les diff\u00e9rents milieux. Il incombe \u00e9galement \u00e0 l\u2019Etat de diffuser la culture des droits de l\u2019Homme, de l\u2019\u00e9galit\u00e9, de la tol\u00e9rance et l\u2019acceptation de l\u2019autre dans la soci\u00e9t\u00e9. \u00a0L\u2019Etat a l\u2019obligation de mettre en place des programmes int\u00e9gr\u00e9s de sensibilisation et de formation contre toutes les formes de discrimination raciale dans tous les organismes et \u00e9tablissements publics et priv\u00e9s et d\u2019en assurer le contr\u00f4le d\u2019ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Sans limitation, la loi indique des secteurs qu\u2019elle consid\u00e8re prioritaires pour la diffusion de ces id\u00e9es,\u00a0\u00e0 savoir la sant\u00e9, l\u2019enseignement, l\u2019\u00e9ducation, la culture, le sport et les m\u00e9dias.<\/p>\n<p>Pour permettre la mise en \u0153uvre de ces nouvelles obligations, la loi pr\u00e9voit la cr\u00e9ation d\u2019une commission nationale de lutte contre la discrimination raciale. La commission sera charg\u00e9e de la collecte et du suivi des diff\u00e9rentes donn\u00e9es, de la conception et de la proposition de strat\u00e9gies et de politiques publiques \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9liminer toutes les formes de discrimination raciale. Elle \u00e9tablira un rapport annuel qui sera transmis \u00e0 la commission int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e des Repr\u00e9sentants du Peuple.<\/p>\n<h2>Deux ans apr\u00e8s, qu\u2019est ce qui a march\u00e9 dans la loi\u00a0?<\/h2>\n<p>Les apports juridiques semblent \u00eatre devenus une r\u00e9alit\u00e9, quelques victimes de discrimination raciale ont pu saisir la justice et obtenir des jugements de r\u00e9paration, m\u00eame si certaines condamnations avec sursis semblent discutables.<\/p>\n<p>Je dis bien quelques victimes, car certaines sont dans des conditions de vuln\u00e9rabilit\u00e9 telles qu\u2019elles ne peuvent s\u2019offrir les services d\u2019un avocat. Mais avec un partenaire du Haut-Commissariat des Nations Unis aux Droits de l\u2019Homme, l\u2019ONG Minority Rights Group International, nous avons form\u00e9 des avocats pr\u00e9sents dans plusieurs gouvernorats pour assister les victimes de discrimination raciale dans leur p\u00e9riple judiciaire.<\/p>\n<p>L\u2019une des avocates form\u00e9es a d\u00e9fendu un cas historique en rapport avec la loi. Il s\u2019agit du tout dernier jugement salu\u00e9 en Tunisie et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Celui en date du 14 octobre 2020, rendu par le Tribunal de premi\u00e8re instance de M\u00e9denine qui a autoris\u00e9 un octog\u00e9naire \u00e0 supprimer une mention discriminante dans son nom de famille, mention qui renvoyait \u00e0 un statut h\u00e9rit\u00e9 d\u2019esclave affranchi par le mot \u00ab\u00a0<em>atig<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La loi \u00e9tant une loi organique, elle abroge tous les textes inf\u00e9rieurs qui ne sont pas conformes \u00e0 son contenu, notamment ceux relatifs au non-enregistrement des pr\u00e9noms non-arabes dans les registres de l\u2019\u00e9tat civil tunisien<span class=\"footnote_referrer\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" onclick=\"footnote_moveToReference_16959_1('footnote_plugin_reference_16959_1_1');\" onkeypress=\"footnote_moveToReference_16959_1('footnote_plugin_reference_16959_1_1');\" ><sup id=\"footnote_plugin_tooltip_16959_1_1\" class=\"footnote_plugin_tooltip_text\">1<\/sup><\/a><span id=\"footnote_plugin_tooltip_text_16959_1_1\" class=\"footnote_tooltip\">Circulaire No. 1965-85<\/span><\/span><script type=\"text\/javascript\"> jQuery('#footnote_plugin_tooltip_16959_1_1').tooltip({ tip: '#footnote_plugin_tooltip_text_16959_1_1', tipClass: 'footnote_tooltip', effect: 'fade', predelay: 0, fadeInSpeed: 200, delay: 400, fadeOutSpeed: 200, position: 'bottom center', relative: true, offset: [10, 10], });<\/script> . Cette pratique a \u00e9t\u00e9 abolie en juillet 2020 par la promulgation de la circulaire n\u00b0 13 du 15 juillet 2020 par le minist\u00e8re des affaires locales, adress\u00e9e aux municipalit\u00e9s tunisiennes. La circulaire touchait particuli\u00e8rement la population amazighe tunisienne qui ne pouvait enregistrer de pr\u00e9noms amazighs.<\/p>\n<p>Cependant, les apports non juridiques restent encore loin de la r\u00e9alit\u00e9 en Tunisie. Deux ans apr\u00e8s la promulgation de la loi, aucun plan d\u2019action, ou strat\u00e9gie nationale de pr\u00e9vention et lutte contre la discrimination raciale, n\u2019a vu le jour. \u00a0Je n\u2019ai pas connaissance d\u2019un programme de sensibilisation dans les \u00e9tablissements publics ou priv\u00e9s ni d\u2019une meilleure visibilit\u00e9 des personnes habituellement victimes de discrimination raciale en Tunisie. Il y a certes le collectif ANBAR qui est n\u00e9 et qui aborde la question du racisme par le prisme du genre. Je pense que cela ne fera qu\u2019apporter des donn\u00e9es sur comment le racisme est v\u00e9cu par les femmes noires et je trouve dommage qu\u2019aucune universit\u00e9 ne travaille sur les <em>black studies<\/em> comme champ de recherche en Tunisie.<\/p>\n<p>En 2020, le mouvement mondial \u00ab\u00a0<em>Black lives matter<\/em>\u00a0\u00bb semble n\u2019avoir touch\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 civile tunisienne dont quelques composantes ont manifest\u00e9 dans la rue \u00e0 Tunis. Nous n\u2019avons observ\u00e9 aucune r\u00e9action des pouvoirs publics sur la question du racisme en Tunisie ou sur la mise en \u0153uvre de la loi. La commission nationale sur laquelle reposent beaucoup d\u2019espoirs de la part de la soci\u00e9t\u00e9 civile n\u2019existe toujours pas, quant au texte d\u2019application, il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 au Journal Officiel.<\/p>\n<p>Pourtant le racisme a augment\u00e9 en Tunisie, et nous l\u2019avons m\u00eame observ\u00e9 <a href=\"http:\/\/kapitalis.com\/tunisie\/2019\/12\/04\/salah-neji-du-pdl-compare-jamila-ksiksi-a-un-singe-ennahdha-porte-plainte\/\">dans le champ politique<\/a> contre la seule d\u00e9put\u00e9e noire du parlement tunisien en d\u00e9cembre 2019. La pand\u00e9mie de la COVID-19 a \u00e9galement exacerb\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne. Plusieurs incidents \u00e0 caract\u00e8re raciste visant la communaut\u00e9 subsaharienne en Tunisie ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s pendant les mois du confinement d\u00fb \u00e0 la COVID 19.<\/p>\n<p>Il y a certainement plusieurs raisons qui pourraient expliquer ce retard, comme les changements politiques qu\u2019a connu le pays depuis 2018, mais je pense qu\u2019il y a une sorte de responsabilit\u00e9 morale quand on adopte une loi novatrice et attendue d\u2019\u00eatre s\u00fbr de sa r\u00e9elle mise en \u0153uvre.<\/p>\n<h2>Quelles sont les mesures ou les r\u00e9formes que vous pensez n\u00e9cessaires pour une bonne mise en \u0153uvre de la loi ?<\/h2>\n<p>La loi n\u2019est qu\u2019un outil juridique qui permet aux victimes de porter plainte et d\u2019obtenir r\u00e9paration. Mais en dehors du champ juridique, il y a l\u2019esprit de cette loi. Le l\u00e9gislateur tunisien l\u2019a bien adopt\u00e9e en r\u00e9ponse \u00e0 la demande des victimes et pour envoyer un message clair de refus de cette pratique. Il faudrait d\u00e9j\u00e0 informer sur cette loi dont le contenu n\u2019est pas encore tr\u00e8s connu du grand public parfois m\u00eame des magistrats eux-m\u00eames. Il faudrait aborder le racisme dans les programmes scolaires et \u00e9ducatifs et travailler sur l\u2019\u00e9limination des images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et des \u00e9l\u00e9ments de langage discriminants ou \u00e0 caract\u00e8re raciste dans le dialecte tunisien. Je pense qu\u2019aucun travail n\u2019a \u00e9t\u00e9 fait en Tunisie sur la m\u00e9moire de l\u2019esclavage, nous sommes juste fiers d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 parmi les premiers pays \u00e0 avoir aboli cette pratique mais il existe un lien profond entre le racisme d\u2019aujourd\u2019hui et l\u2019esclavage d\u2019hier. Il faudrait surtout mettre en place la Commission nationale de lutte contre la discrimination raciale pr\u00e9vue par l\u2019article 11 de la loi et la doter des moyens humains et financiers pour travailler conform\u00e9ment \u00e0 son mandat. Bien qu\u2019elle ne soit pas une instance ind\u00e9pendante (elle est rattach\u00e9e au minist\u00e8re charg\u00e9 des droits de l\u2019homme), je serais content de voir la commission nationale avoir sa place dans le pays, comme les autres institutions des droits de l\u2019Homme. Une bonne mise en \u0153uvre de la loi \u2013 \u00e0 mon sens \u2013 impliquerait la production, par la commission, de rapports avec des donn\u00e9es chiffr\u00e9es sur le ph\u00e9nom\u00e8ne en Tunisie, sur la r\u00e9ponse de la justice et sur les politiques publiques qui ont \u00e9t\u00e9 mises en place pour lutter contre le racisme en Tunisie. Pour r\u00e9sumer, je dirais que le racisme ne peut \u00eatre trait\u00e9 exclusivement par des textes de lois, il faudrait aboutir \u00e0 un refus de cette pratique par conviction et non pas seulement car elle est aujourd\u2019hui devenue interdite par la loi.<\/p>\n<h2>A quoi ressemble le contexte arabe en mati\u00e8re\u00a0d\u2019initiatives anti-racistes\u00a0?<\/h2>\n<p>Pour ce qui est du contexte arabe, je sais que le ph\u00e9nom\u00e8ne existe dans d\u2019autres pays de la r\u00e9gion et que plusieurs activistes appellent \u00e0 une prise en consid\u00e9ration des droits des minorit\u00e9s ethniques discrimin\u00e9es ou victimes de racisme. Je pense notamment au Liban o\u00f9 la lutte contre le syst\u00e8me de la <em>kafala<\/em> est profond\u00e9ment li\u00e9e \u00e0 la question anti-raciste, ou encore au Maroc, o\u00f9 s\u2019organisent des campagnes pour lutter contre le racisme subi par les migrants subsahariens. La Tunisie pourrait partager cette exp\u00e9rience avec plusieurs pays de la r\u00e9gion. D\u2019abord au Maghreb, o\u00f9 le contexte est plus proche mais aussi dans d\u2019autres r\u00e9gions du monde arabe. Je crois profond\u00e9ment dans la r\u00e9ussite des \u00e9changes d\u2019exp\u00e9rience Sud-Sud. \u00a0Le travail de la soci\u00e9t\u00e9 civile en Tunisie a certes b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un contexte juridique tr\u00e8s favorable depuis la transition d\u00e9mocratique, il faudrait peut-\u00eatre travailler sur plus d\u2019e<em>mpowermen<\/em>t de la soci\u00e9t\u00e9 civile dans le monde arabe notamment celle qui travaille sur les droits des groupes discrimin\u00e9s. Je pense aussi que les pays arabes, surtout ceux qui ont ratifi\u00e9 des instruments internationaux contre le racisme comme l\u2019ICERD, pourraient travailler plus sur l\u2019harmonisation de la l\u00e9gislation nationale avec les provisions des conventions internationales. La lutte contre le racisme est un combat qui ne peut se limiter \u00e0 un pays donn\u00e9 ou \u00e0 un contexte particulier.<\/p>\n<div class=\"speaker-mute footnotes_reference_container\"> <div class=\"footnote_container_prepare\"><p><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_label pointer\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_16959_1();\">Endnotes<\/span><span role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_reference_container_collapse_button\" style=\"display: none;\" onclick=\"footnote_expand_collapse_reference_container_16959_1();\">[<a id=\"footnote_reference_container_collapse_button_16959_1\">+<\/a>]<\/span><\/p><\/div> <div id=\"footnote_references_container_16959_1\" style=\"\"><table class=\"footnotes_table footnote-reference-container\"><caption class=\"accessibility\">Endnotes<\/caption> <tbody> \r\n\r\n<tr class=\"footnotes_plugin_reference_row\"> <th scope=\"row\" id=\"footnote_plugin_reference_16959_1_1\" class=\"footnote_plugin_index pointer\" onclick=\"footnote_moveToAnchor_16959_1('footnote_plugin_tooltip_16959_1_1');\"><a role=\"button\" tabindex=\"0\" class=\"footnote_plugin_link\" ><span class=\"footnote_index_arrow\">&#8593;<\/span>1<\/a><\/th> <td class=\"footnote_plugin_text\">Circulaire No. 1965-85<\/td><\/tr>\r\n\r\n <\/tbody> <\/table> <\/div><\/div><script type=\"text\/javascript\"> function footnote_expand_reference_container_16959_1() { jQuery('#footnote_references_container_16959_1').show(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_16959_1').text('\u2212'); } function footnote_collapse_reference_container_16959_1() { jQuery('#footnote_references_container_16959_1').hide(); jQuery('#footnote_reference_container_collapse_button_16959_1').text('+'); } function footnote_expand_collapse_reference_container_16959_1() { if (jQuery('#footnote_references_container_16959_1').is(':hidden')) { footnote_expand_reference_container_16959_1(); } else { footnote_collapse_reference_container_16959_1(); } } function footnote_moveToReference_16959_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_16959_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } } function footnote_moveToAnchor_16959_1(p_str_TargetID) { footnote_expand_reference_container_16959_1(); var l_obj_Target = jQuery('#' + p_str_TargetID); if (l_obj_Target.length) { jQuery( 'html, body' ).delay( 0 ); jQuery('html, body').animate({ scrollTop: l_obj_Target.offset().top - window.innerHeight * 0.2 }, 380); } }<\/script>","protected":false},"featured_media":16963,"menu_order":0,"template":"","categories":[432],"tags":[151,257,127],"class_list":["post-16959","publication","type-publication","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-entrevue","tag-juridique","tag-racisme","tag-tunisie"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/16959","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication"}],"about":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/publication"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/16959\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":41469,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/publication\/16959\/revisions\/41469"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16963"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=16959"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=16959"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ari26.arabregionhub.net\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=16959"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}